Zenzile nous parle du Docteur Caligari
Par niz le dimanche 9 janvier 2011, 17:10:00 - Interview
Pour l’ouverture du Télérama Dub Festival, le groupe Zenzile nous a fait le plaisir de nous présenter leur dernière création mêlant cinéma et musique : un ciné concert ou ils mettent en musique un classique du cinéma : Le cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene.
« Das cabinet des Caligari » est un film expressionniste allemand sorti en 1919, juste a la fin de la guerre, un film qui a eu une influence majeure dans le cinéma moderne. Zenzile s’est proposé dans le cadre du festival "premiers plans" à Angers d’en réaliser une mise en musique.

Ce film qui est une référence pour les érudits, se présente comme les films muets de l’époque, cad avec des soustitres pour situer le contexte et faire passer les messages que le jeu des acteurs ne permet pas. Tout le travail de Zenzile s’est fait dans l’accompagnement musical des 6 actes que composent ce chef d’œuvre. Ce film classé dans la mouvance expressionniste en est un des exemples les plus criants. Cette forme de cinéma, s’est développée dans les années 1920 en Allemagne et elle se caractérise par une esthétique particulière. Dans le cinéma expressionniste, les costumes et les décors sont exagérés, hérissés de pointes, étirés de façon surprenante, les piles de livres sont en fait des montagnes, les expressions sont sur-jouées par les acteurs…. Cette vision des choses permettait de clairement se distinguer du cinéma Hollywoodien de l’époque. Les réalisateurs allemands ont donc rivalisé d’ingéniosité et d’astuces pour combiner leurs moyens limités et la production de longs métrages. Ce cinéma est majoritairement sombre entre film d’horreur et film noir, et reflète une société alors en plein doute avec la fin de la première Guerre Mondiale. Le travail de l’image est surprenant, les décors hallucinants, les mises en scène excellentes ; l’ensemble fait que Le cabinet du docteur Caligari est autant une œuvre cinématographique qu’une peinture animée.
Malgré les différentes bandes son qui ont pu accompagner les films, 5 selon imdb.fr, Zenzile s’est attelé à la tâche et a proposé sa vison du film en musique. Voila quelques questions posées par mail au groupe suite à la date du Café de la Danse :
Nizetch : On a pu lire dans différentes interviews et vidéos que vous avez réalisé que la conception de ce projet a été basée sur de l’improvisation, puis une construction commune des thèmes. Pourriez-vous nous en dire plus ?
Zenzile : Nous avons en premier lieu visionné le film une dizaine de fois sans la bande son pré-existante. Puis nous avons cherché des thèmes musicaux sans les images. Nous avons ensuite distribué ces thèmes en fonction des personnages (thème du somnambule, du docteur, de Jane, etc...). Enfin, nous sommes rentrés dans la structure même du film, en procédant chronologiquement, du début du film à la fin. Le découpage en chapitres, à la manière d'un livre, nous a facilité la tâche. L'important était de respecter les ambiances et l'atmosphère générale du film, en laissant l'espace suffisant pour la compréhension du film, car "Le cabinet du docteur Caligari" est un film riche mais compliqué au niveau de l'intrigue: il nécessite plusieurs séances pour en saisir toutes ses subtilités et ses interprétations. Il porte en lui toute la richesse de la psychanalyse, en plein essor au début des années vingt. (à ne pas confondre avec la psychiatrie).
N : Le choix du film s’est-il fait naturellement ?
Z : Oui, dans la mesure où l'on cherchait un film qui nous plaise (on allait être obligé de le regarder de nombreuses fois sur une courte période!), qui corresponde à notre univers, à notre sensibilité musicale et esthétique. On voulait un film muet car la musique y a naturellement un rôle a jouer. Mais surtout, ce film combinait l'originalité de sa forme: décors surréalistes, coloration de la pellicule, jeu des acteurs à un scénario et une intrigue d'une étonnante modernité. Ce film est sans doute le premier thriller psychologique de l'histoire du cinéma.
N : Ce film a une certaine portée politique puisqu’il dénonce l’excès d’autoritarisme ici dans le cas particulier dans le d’un asile psychiatrique, est ce que cela a pesé dans votre choix ?
Z : C'est une bonne remarque. C'est l'un des nombreux aspects du film. Mais je crois que derrière tout ça, le message de Robert Wiene est, que le pouvoir agit sur le peuple à la manière de Caligari avec le somnambule. Il faut se rappeler que le film voit le jour au lendemain de la guerre 14/18, et des deux côtés du Rhin, c'est le peuple qui a été envoyé à l'abattoir par une élite qui, elle ne s'est pas mouillée (ex: "Les sentiers de la gloire" de Kubrick, interdit en France jusqu'au années 70). D'autre part, les conditions d'internement dans les asiles psychiatriques devaient être infernales et elles ont perdurées longtemps si l'on se réfère à "Vol au dessus d'un nid de coucou".
N : Ce film a été une source d’inspiration pour Tim Burton, et d’autres grands cinéastes (on y retrouve un peu d’Usual Suspects aussi), avez-vous aussi été influencés par ce film ? Le cinéma est-elle une influence dans votre musique ?
Z : Le cinéma, au même titre que la littérature, la musique, la peinture, est une source d'inspiration, mais indirecte. J'ai vu "Le cabinet du Dr Caligari" lorsque j'étais adolescent, et j'ai été profondément marqué par son esthétique. Avec le temps, le plus dur est de garder son regard d'enfant car forcément on a tendance à analyser les choses systématiquement (déformation professionnelle !). C'est clairement la position de Tim Burton: il ne veut pas grandir! Pour ma part, travailler sur "Le cabinet du Dr Caligari" a été une fierté car il m'a accompagné une bonne partie de ma vie.
N : Est-ce que le ciné-concert est une expérience qui vous tente depuis longtemps ou est ce que ce fut une occasion que vous avez saisit ?
Z : Les deux. On sait depuis le début que notre musique a un côté cinématographique mais l'occasion de travailler sur des images ne s'était pas présentée de manière concluante. Lorsque le festival "Premiers plans" (festival de films européens à Angers), associé au Chabada (salle de concert à Angers) nous a proposé de travailler sur un ciné-concert avec comme thème "la peur", nous avons sauté sur l'occasion.
N : Est ce que cela procure-une sensation particulière de mettre en musique un tel classique ?
Z : Non. Les différences se situent au niveau du spectacle en lui même.
N : Quelles sont les différences avec la conception d’un album ?
Z : Le ciné-concert est plus "facile" puisque tu peux te laisser guider par une matière préexistante, en l'occurrence: le film. Pour un album, c'est vraiment "l'angoisse de la page blanche"!
N : Vous avez joué ce spectacle quelques fois depuis le début de l’année, mais en parallèle vous continuez à défendre vos albums sur scène, ce mélange des genres n’est-il pas compliqué à gérer ?
Z : On avait un peu d'appréhension au début mais en fait ça casse une certaine routine, c'est plutôt positif.
N : Devant le film, le public semble captivé, c’est complètement différent d’une fosse lors d’un concert, Cela permet-il des rapports différents avec celui-ci ?
Z : C'est le principal problème. Pour nous, la compréhension du film, prime, donc on se place sur scène de manière à ne pas gêner le public. On est pas non plus éclairé pour les mêmes raisons. Le but est d'accompagner les images PAR la musique, le public doit deviner, sentir notre présence, on ne doit pas lui imposer: ce n'est pas un concert de Zenzile. Les gens sont parfois frustrés de ne pas nous voir plus mais c'est voulu. Le problème est qu'il faut s'adapter au différents lieux: salles, clubs, cinéma... On préfère que le public soit assis.
N : Les ambiances du film sont assez sombres, mais pourtant j’ai le sentiment d’avoir entendu le Zenzile de Zentone ou de Sachem in Salem ; en gros le Zenzile des débuts mais aussi avec des passages plus rock en particulier quand ou la tension monte d’un cran. En somme un peu toute votre discographie est représentée; Partagez vous ce point de vue ?
Z : On le partage complètement! D'autant plus que le parallèle avec notre son du début revient souvent dans nos échanges avec le public. Je pense que c'est lié au format 100% instrumental de l'exercice.
N : Allez-vous poursuivre l’expérience en proposant d’autre ciné-concerts ?
Z : Complètement! On a déjà une autre proposition, mais on veut jouer "Le cabinet du Dr Caligari" pendant 2011 avant de passer à autre chose.
N : Ou pourra-t-on apprécier ce spectacle dans le futur?
Z : Nous le jouons le 27 janvier 2011 à Beauvais, le 11 février à Aurillac, le 11 ou 12 mars à Tulle, le 19 avril à Angers, le 4 mai à Bordeaux. En attendant d'autres dates!
Merci aux Zenzile d’avoir répondu a nos questions.
Liens :









Juin 2013

























Commentaires
ouais, je pourrais pas voir dr Caligari!
Et sinon, ils vont en faire un album ou pas?
Un album complet j'en doute fort, mais si tu vas là regardes en bas tu peux télécharger pour 3€ 4 titres qu'ils ont composé pour cette occasion
de nouvelles dates :
12/03/11 : LES LENDEMAINS QUI CHANTENT - TULLE (19)
04/05/11 : PRINTEMPS DU CINE CONCERT - BORDEAUX (33)
20/05/11 : L'ATELIER – CLUSE (74)
02/07/11 : Festival “LA TOUR PREND L'AIR” – VOISINS-LE- BRETONNEUX (78)
Yes ils passent a bordeaux : )
De nouvelles dates :
02/07/11 : Festival “LA TOUR PREND L'AIR” – VOISINS-LE- BRETONNEUX (78)
04/11/2011: Centre Culturel Louise Michèle - Fresnes (91)
05/11/2011: LA BARBACANE - Beynes (78)
26/11/2011: Festival du grain à démoudre - Gonfreville l'Orcher (76)