Interview Kingston Connexion
Par niz le mercredi 17 novembre 2010, 22:20:00 - Interview
Interview de Jacques aka uhurudisciple de Kingston Connexion, juste avant la soirée Roots In Town #8.

Nizetch Team: Bonjour Jacques, est ce que tu peux te présenter et nous dire comment tu es venu au dub ?
Jacques: Je n’en suis pas venu spécifiquement au dub, j’aime la musique de façon générique, la musique jamaïquaine, des débuts à la fin, des années 50 à aujourd’hui; même si aujourd’hui elle a un peu plus de mal avec tout ce qu’il se passe là bas, mais bon… Comment j’en suis venu ?... Je sais pas comme vous ; en fumant des spliffs au lycée, en écoutant du reggae, en aimant ca… Je collectionnais des disques tout simplement et on m’a proposait de faire une émission de radio. Du coup j’ai fait 10 ans d’émission de radio à Radio Campus. Ça m’a permis de maintenir le cap, je ne l’ai pas toujours fait avec grand plaisir, puisque je n’avais pas de voiture et je devais aller là bas à pied avec des albums originaux de Light Of Saba sous le bras et puis des fois quand j’arrivais devant des portes fermées –c’est pas toujours très pro une radio étudiante-. J’ai fini par arrêter, je voulais continuer sur le net et puis finalement, je suis plus pris par mon travail.
Et donc en faisant de la radio, j’ai eu l’occasion d’interviewer tout les artistes jamaïcains qui passaient à Dijon et aussi de rencontrer Calvin Cameron ; ce qui m’a permis d’aller en Jamaïque et de rencontrer pleins de gens là bas –que ce soit dans les studios, dans les presses, ou mêmes des mecs qui vendent des tunes comme ca-. J’étais spécialisé dans le collector et ca va faire 10 ans que j’ai crée ma société (je fais ca depuis 97). Au début j’étais vraiment à fond dans le collector. J’avais des plans avec des tas de Jamaïcains et je faisais venir 1500 collectors...
Donc à la base quand j’ai crée ma société c’était pour soutenir Calvin Cameron, on a fait beaucoup de travail ensemble, on avait une vingtaine de références distribuées par Ernie B. Puis je me suis mis à travailler avec d’autres gens pour passer un peu a autre chose dont David Madden, le trompettiste des Wailers et puis plein d’autres personnes.
Nizetch Team: Et comment tu as rencontré Tribe Works ?
Jacques: Je me considère plus comme un disquaire et un collectionneur et à l’époque en n’ayant aucune connaissance du Japon, j’ai décidé de partir un mois là-bas. J’avais appris le japonais un an avant et j’ai découvert par moi-même ce qu’il se passait là-bas sur le plan du reggae. J’y suis allé trois fois de suite, la deuxième fois c’était pour jouer avec Tribe Works à Tokyo.
C’est un pays de collectionneur, c’est un pays ou de toute façon il n’y a pas une chose à laquelle on est pensé ou ils ne sont pas déjà en avance, c’est des aventuriers, ce n’est pas des trainards, ils vont même dans les endroits qui craignent en Jamaïque. C’est un pays d’opportunité et de résultats ; et pour moi c’est une étape obligatoire quand on a un label pour peut être ne plus avoir à dépendre de certains gros distributeurs.
Nizetch Team: Un petit mot sur Orange Street Records ?
Jacques: Ben le jour je suis arrivé dans leur magasin, déjà j’avais galéré pour le trouver parce que c’était la première chose que je cherchais en arrivant au Japon, et je n’aurais jamais pu me douter que c’était au 7eme étage. Et j’ai tourné je ne sais pas combien de fois dans le quartier puis au bout d’un moment j’ai fini par voir une pancarte et voir… Je ne sais plus si c’est au 4eme ou au 7eme bref… Quand je suis rentré là dedans, ils étaient en train de parler, il y avait une discussion animée ou j’ai entendu « Kingston Connexion », du coup j’ai tourné la tête, ils ont tournée la tête et ils m’ont demandé si c’était bien moi et on a commencé à discuter.
Quand je suis arrivé au Japon j’avais déjà fait 2/3 boutiques avant la leur et je me suis rendu compte que me label était bien représenté puisque à l’époque je venais de sortir le Last War de Zap-Pow qui est un hit mondial j’en ai vendu 2500 très très rapidement et la repress du single du Light of Saba qui ciblait à fond le marché japonais.
Mais orange Street que dire ? Je ne sais pas c’est…. De toute façon les gens on en parlé déjà plusieurs fois sur bloodandfire, c’est un des meilleurs shop de tout les temps. C’est pas grand, c’est à la bonne taille mais « on peut se taper des grosses quenta », si on était venu pour acheter, ils ont vraiment du stock !
De plus ils véhiculent l’esprit puisqu’il y a très peu de sound au Japon qui vont jouer devant plus de 30 personnes, je parle des sounds roots dub; ils se tapent tous des gros vents… y a que Tribe Works à Tokyo qui va réussir à jouer devant 120 ou 150 personnes voire plus. Donc puisqu’ils m’ont invité à jouer là bas sur leur sono et que les autres personnes qui ont joué à cette soirée là étaient vraiment des pointures, j’ai trouvé que c’était vraiment un honneur. Et donc on se soutien mutuellement. Du coup là, c’était l’occasion de concrétiser ça. Pour moi c’est une session historique parce que jamais un sound japonais étiqueté roots&culture n’est venu en full crew (NDLR : en Europe); y a peut être des étudiants qui ont fait un set, mais jamais une tête d’affiche.
Nizetch Team: Et après ils font une tournée en Europe ?
Jacques: Non, non pas du tout, ce sont mes amis, à la base ils m’ont dit qu’ils allaient en Angleterre pour les 20ans de leur shop et je leur ai proposé d’organiser un sound à Paris et un autre le lendemain à Dijon puis de venir visiter ma ville. Et ils ont répondu trop génial… Pour Paris on a eu un petit problème de date mais on a essayé de ne pas s’éparpiller vers des plans bidons du coup tout s’est centraliser sur la soirée de ce soir.
Nizetch Team: Mais c’est bien tout le monde vient à Dijon Voir Tribe Works !
Jacques: Ouais ouais, j’avais une blague avec mes potes depuis longtemps du style : « Dijon Capitale du roots avant 2010 »… Là on est pas mal, mais on va peut être repousser à 2015, faut être raisonnable... rires
Nizetch Team: A propos de Kingston Connexion, tu peux nous en parler un peu plus, c’est quoi exactement ?
Jacques: Je me suis diversifié un peu, donc j’ai toujours mon label sur lequel je vais sortir, ce que j’ai l’habitude de sortir de la musique des année 70. Après je compte toujours faire ce que je faisais aussi, c’est-à-dire presser des disques sur leur labels originaux avec le producteur, que ce soit en Jamaique ou autre. Puis faire des co-prods avec les copains ; j’ai deux/trois disques qui sont sortis.
Nizetch Team: Par exemple ?
Jacques: Par exemple il y avait Rhodesia de Alton Ellis que j’ai fait avec Marin de Deep Roots à Paris. On a fait ca ensemble parce qu’on est des potes, qu’on se voit tous les week end et tout ca. Et puis là je compte presser pas mal de choses mais je suis aussi un peu dans la press de dubplates; Par exemple pour mes projets personnels j’ai un artiste qui s’appelle Max Caviar qui faisait à la base de la musique conceptuelle (vous trouverez peut être des trucs sur lui sur le net) mais qui est aussi un pur dubmaker ; dont je compte presser quelques un de ces titres, puisque l’on se connaît depuis longtemps , ca fait longtemps que ca devait se faire et là il vient de lâcher un truc vraiment furieux.
D’un autre coté je continue à chopper des bandes des morceaux que j’ai sorti sur mon label et les ressortir en 5 copies.
Nizetch Team: Ha ouais le pressage super limité !
Jacques: ouais parce que ca prend beaucoup de temps de faire 5 copies d’une dubplate, ce qui va arriver c’est Midnight Riders – Set U self. Vu que le press était un peu limite, j’avais pas non plus envie de le refaire, il y en déjà eu pas mal qui ont était fait mais j’ai envie de faire des dubplates mixs et de les vendre gravés de cette manière là. Sinon je presse aussi des plates pour pas mal de sounds ; c’est des prods des gens. Et dernière chose que je fait ; c’est à partir d’un LP original je fais une repress, tout mes potes qui ont voulu le faire ont du me montrer leur LP originaux. Moi-même ce soir je voulais amener un rétroprojecteur puisque je ne vais jouer que mes dubplates que j’ai repressées au volume sonore que je souhaitais. Et donc je voulais mettre un rétroprojecteur pour afficher tout les labels originaux de tout ce qui est joué ce soir. Parce que d’avoir un dubplate cuter c’est pas la fête non plus. Beaucoup de gens doivent se poser des questions ou doivent même déjà faire des jugements mais en fait il y a des règles super strictes et tout les gens qui font du business avec moi le savent.
Nizetch Team:ouais ouais mais c’est intéressant d’en parler parce que ce n’est pas le genre de sujet que l’on aborde habituellement. Alors que ca fait partit de genre de musique et c’est aussi une manière de le voir et de le faire vivre différemment.
Jacques: Moi personnellement ca me permet de voir quand j’achète un disque si il a était bien pressé ou pas, si il a une stéréo qui est toute niquée, si il a pas assez de volume, si il a de la dynamique; si c’est pris d’un fichier tout compressé… etc. C’est aussi d’aller plus loin dans l’amour du vinyle.
Personnellement je pense qu’une dubplate qui est bien pressée c’est le secret d’une dance réussie. Il y a des gens, je ne veux pas citer des noms qui jouent que des dubplates, des gens qui sont très connus et qui jouent régulièrement en Europe, dont la musique est très pauvre et pourtant très dansante voir apocalyptique parce que leur dubplates sont pressées à +12dB sur un acétate.
Nizetch Team: Un peu dans le nord de l’Angleterre tu veux dire ?
Jacques: Non je sais pas… rires… Y en a beaucoup en fait, c’est même une grande majorité, c’est pour ca que je me tiens loin de l’événement dub que l’on retrouve aujourd’hui. Je laisse en suspend en fait, j’attends de voir ce que ca va donner. Cette ouverture sur le reggae c’est positif, que ce soit pour le jeunes ou autres. Mais il ne faut pas non plus que d’aller en sound system ca devienne comme aller en boite et que les gens sur leur tenue vestimentaire aillent de plus en plus dans ce sens là. Et que les sélecteurs aillent de plus en plus dans ce sens là. Et Qu’au bout d’un moment le combat soit obligé de repartir de zéro.
Nizetch Team: Même si ca fait vivre le message ?
Jacques: C’est positif pour les générations futures, je n’ai pas découvert le reggae en entendant la pure dubplate de Black Slate, c’est sur. C’est ce qui se passe, c’est positif pour tout le monde, même si je trouve que ce qui se joue en ce moment c’est pas top. C’est la porte d’entrée. Ca peut être un remake d’une super tune jamaïcaine et les mecs vont se dire : « Ha c’était ca ! » et ils vont écouter l’original et puis on va avoir un nouveau collectionneur de roots 70s super ciblé. Surtout que les jeunes ne plaisantent pas maintenant, avec tous les moyens de communications modernes, les playlists de Russ D, les Shaka Tunes … ils n’arrivent plus avec les même wishlist qu’il y a 6 ou 7 ans en arrière.
Nizetch Team: Ca bouge, c’est vivant !!
Jacques: il y a une progression, une explosion.
Nizetch Team: Et sinon ce soir tu vas nous jouer quoi ?
Jacques: J’avais deux ou trois sélections, j’étais tellement obsédé par l’événement que j’ai vraiment fait tout ce qu’il fallait pour avoir tout ce qu’il faut…
Nizetch Team: T’as cuté des trucs costauds ?
Jacques: Ouais ouais, ce que je vais jouer c’est des dubplates de tunes 70s, c’est de cuts rarissimes de dub inconnus, des compositions… Je pense qu’il y a beaucoup de choses qui ne sont pas connues, même des gens qui ont un certain niveau qui font ca toute la journée ; on peut s’en mettre plein la vue toute la soirée : « tu connais ? – Ha non ! Et toi tu connais celle là ? – Ha non». Tant que la personne est honnête, parce qu’il y en a aussi qui connaissent tout et puis on les grille vite fait ; en fait il ne connaissait pas. C’est super important qu’il y ait de la vérité la dedans, le but c’est de faire quelque chose de sérieux et pas de faire croire que.
Nizetch Team: Voila, merci, c’était intéressant et ca a permis d’aborder des sujets différents.
Jacques: Merci à la prochaine.
Pour les plus fainéants voila l'audio de l'interview :
Crédits :
- Video by Emilien Dodeman (http://www.emiliendodeman.com)
- Photo by Niz









Mai 2013

























Commentaires
yes cool! big up Nizetch et Jacques de Kingston Connexion pour cette interview.
Hate d'ecouter la suite: l'interview de Tribe Works!!
en video pleeeeeease
Big Up Nizetch pour le coup de projo sur cet activiste depuis loooong time!
Kingston Connexion...RESPECT!
O N E * L O V E
yo! je voudrais revenir sur le passage où jacques parle de la gravure de ses dubplates sur acétate pour essayer d'éclairer un peu.

je ne suis pas trop d'accord avec le chiffre qu'il annonce.
+12db, Oui peut etre, mais Plus 12db par rapport à quoi? si on recut Un track d'un LP sur un 10" alors oui ya moyen de gagner gras de volume et plus de dynamique. De là à gagner 12db, je ne pense pas. Même si le track original a un son vraiment trés faible et qu'il ya eu un bon ripage et un trés bon re-premastering avant de le recuter sur acetate, le chiffre est exagéré.
Deja recuter un 7" sur 10", si on gagne 2 ou 3db c'est énorme (3db=2fois plus fort, 12db=16fois +fort!!!).
L'essentiel à comprendre c'est que OUI c possible de graver un signal plus fort sur un acétate car plus le timing est court, plus il ya de place pour graver le sillon large et profond que nécessite une gravure a fort volume. Ceci est valable aussi pour la gravure d'une lacque qui servira a la fabrication d'un stamper pour presser du vinyl.
L'acétate en lui meme n'apporte rien de plus qu'un vinyl, au contaire il va meme s'user bcp plus vite. Donc on sort ça pour les bonnes occazes car des cuts gravés de cette façon c clair que ya de quoi soulever une dance tellement le son à une dynamic bien plus élevé qu'un CD meme masterisé. le prix c pas le meme aussi
big up à jacques et à tous ceux qui gravent encore des dubplates avec un stylus! et pas seulement avec nero
big up kingston connexion
j'ignorais que certains se servait de l'acetate pour booster une tune déjà release et le coup des règles strictes m'intiguent.
j'avoue que j'ai du mal à m'imaginer prendre un vieux cut vinyl pour le repress sur acetate mais si la qualité du rendu est telle que la danse est boosté alors pourquoi pas.
each to its own
1luv
je pense que les regles strictes dont parle jacques, c'est que si le gars ne possède pas réellement le LP ou autre original d'où provient le track, il ne lui cutera pas un dubplate.
Au cas où le gars deboule avec un mp3 recuperé par là sur le net. c'est pour ça qu'il demande a voir le LP ou qu'il voulait projeter les labels de sa selection pdt la soirée.
je pense que c'est cela. A present si jacques passe dans le secteur, ce serait bien qu'il confirme ou nous en dise plus.
ps: petite correction flo, je me permet. Quand on parle d'acétate, il ne s'agit pas de pressage mais d'une gravure. Le sillon est gravé par le stylus d'une graveuse dans la couche de vernis qui enrobe le disque en aluminium. C'est pas du plastic comme le vinyl. C'est pas pressé. L'exemplaire est unique.
Aussi, soit dit en passant, cette couche de vernis prend feu trés, trés facilement. Donc eviter de fumer des bedos en selectant des acétates, ya je ne sais plus quel jamaicain qui a la geule cramé à cause de ça. Une boulette qui tombe et boom!!
Exact Sir, pardonne-moi mon abus de language.
Graver un acétate pour avoir plus de dynamique alors qu'on à déjà un cut original mmmmh, c'est un bon gros truc de nerd ça j'aime bien ahaha.
ps: sirhill, le askan v est killeeeeer, je l'écoute en boucle sur mon téléphone, tu pourrais pas me le cutter sur acétate?
ok flo, si tu le original mp3 alors je m'incline