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Salut Gary. Pour commencer, peux-tu nous expliquer un peu ton parcours, comment es-tu arrivé au dub ?

Eh bien en fait j'ai commencé à faire de la musique quand j'étais au lycée, c'était en première... J'avais acheté un saxo et après quelques mois de saxo avec un prof, j'ai intégré une formation ska. Avec le groupe on a fait quelques concerts sur la région bordelaise pendant 3 ou 4 ans. Et puis je me suis un peu lassé de pratiquer un instrument, d'avoir un enseignement classique en école de musique et de jouer d'un instrument tout seul chez moi. J'ai donc été attiré par la MAO parce que justement je pouvais tout composer, les lignes de basse, les batteries etc...
Et après le dub, c'est venu par mes premiers concerts quand j'étais au lycée, Impros Dub, High Tone et tous ceux qui passaient dans la région bordelaise.... J'ai pris une grosse claque et ça m'a vraiment donné envie d'écouter encore plus de dub, d'en découvrir toutes les facettes et aussi d'en composer chez moi.
J'ai ensuite commencé à faire 1 ou 2 morceaux sur l'ordi, à acheter des vinyles... Et j'ai fait la rencontre de DubFighta qui avait déjà une bonne culture du dub et qui connaissait des trucs comme Nucleus Roots, Iration Steppas, Disciples, Jah Free et Vibronics. Au début des années 2000 c'était des groupes que je ne connaissais pas du tout.
Et en collectionnant les disques on s'est dit que ça serait sympa d'en passer à des soirées... A l'époque on était pas mal spectateurs des soirées Uzina Dub, Manutension etc... Toute la clique de Bordeaux qui était très active à ce moment là !
Et donc on a réussi à avoir une espèce de résidence dans un bar qui s'appelait le Lambi, où justement des gens comme Manutension, Uzina Dub et aussi toute la scène drum & bass bordelaise avaient joué. nattybreakz.jpg Ces soirées, c'était sous le nom du collectif Natty Breakz, on était 5 en tout, il y avait Hatman, DubFighta, moi-même, Subversive : quelqu'un qui était aussi dans la région bordelaise et qui faisait de la drum & bass mais qui aimait beaucoup le dub aussi donc il mélangeait les deux, il faisait ce qu'il appelait de la drum & dub...
Et il y avait aussi Stout System, un pote qui était plus du côté landais et qui nous fournissait en dubplates.

Comment as-tu rencontré Hatman, c'était aussi à l'époque du lycée ?

Oui c'est ça, c'était à l'époque du lycée, d'ailleurs lui aussi avait rencontré DubFighta.
A la base il écoutait du hip-hop et pas mal de métal français et le reggae et le dub ça lui a bien plu, il a commencé à écouter pas mal de disques puis voyant que Fighta et moi on commençait à faire des riddims, il s'est dit "ben, pourquoi je me lancerai pas aussi...".
Je lui avais revendu une de mes machines, une Yamaha RM1X pour être précis. Il a commencé à faire ses premiers riddims là-dessus et je l'ai pas mal initié à la MAO aussi. On a passé des nuits entières où lui donnait des idées et moi je mettais tout ça dans l'ordi. Et voilà, je l'ai initié à la MAO comme ça.

Je suppose qu'il y a eu pas mal de partage de vos connaissances du son, de l'approche technique de composition ?

Oui c'est clair mais après ce que l'on partage surtout, c'est la composition ; Le fait de passer une soirée ensemble, de discuter et se dire "allez hop, on fait un riddim !". Et puis on part sur quelque chose et chacun amène ses petites idées...

Quand est-ce que vous avez décidé de monter le label Storm & Break ?

Alors je vais revenir sur le collectif Natty Breakz ; au fur et à mesure du temps, tout le monde a eu un peu ses projets professionnels car on s'était connus à l'époque du lycée et certains ont fait des études plus poussées, d'autres ont trouvé du boulot...
On s'est donc retrouvé à trois avec Hatman et DubFighta et on a créé le label Storm & Break parce qu'on se disait qu'au bout de cinq ans on commençait à faire des riddims iseethem7inch.jpgqui tenaient un peu la route donc pourquoi pas en sortir un...
On n'avait pas fait beaucoup de morceaux chantés en fait. On faisait que des dubs et il s'est trouvé qu'un jour on a eu le contact avec Sis Ilie, on lui a envoyé un riddim qu'on avait fait Hatman et moi et elle avait posé dessus et on avait bien kiffé les lyrics, la manière dont elle chantait et on s'est dit que ça serait le premier vinyle Storm & Break...
Et voilà !
Et après ça a beaucoup traîné, avec le macaron, le mastering et tout ça, on a pris pas mal de retard... En fait le 7inch de Sis Ilie est sorti début 2009 mais il était déjà prêt début 2008. Donc c'est début 2008 qu'on s'est vraiment dit "le morceau en vaut la peine, on va le sortir" et puis faire les démarches administratives pour créer le label.
Oui parce que Storm & Break est un label associatif et c'était aussi la première fois que l'on faisait toutes les démarches au niveau des devis. Et vu qu'on avait fait presser en république tchèque, tout était en anglais, donc c'était pas toujours évident.

Qu'est ce que vous tirez comme expérience de cette première production, au niveau des retours... des ventes ?

On a été assez surpris parce qu'on se lançait aussi dans la distribution d'un disque... J'en parlais justement hier soir avec un distributeur et je luis expliquais que notre rôle premier c'était de faire de la musique et après tout ce qui suit derrière : le fait de le presser en vinyle et de le distribuer, eh bien on le fait parce que personne viendra vers nous pour presser notre musique. C'est vrai pour la plupart des labels qu'on connait, très souvent les producteurs qui montent leur label pressent leur propre musique.
Voilà... Nous la distribution et le pressage c'est pas forcément ce qui nous intéresse et on n'a pas forcément envie d'y consacrer beaucoup de temps.
Donc ce que l'on peut en tirer par rapport à ce premier vinyle, c'est qu'il s'est vendu hyper vite ! On est passé par très peu d'intermédiaires. Quatre ou cinq personnes nous ont acheté des gros stocks et se sont débrouillés après pour redistribuer tout ça en France, en Angleterre et dans le monde entier via internet.
De la vente directe au public on n'en a quasiment pas fait donc voilà, ça s'est super bien passé !
Après le but de Storm & Break c'est de presser sur disque un riddim qu'on aime bien, se rembourser et puis réinvestir l'argent dans un autre vinyle et ainsi de suite...

Et artistiquement... Qu'est ce que vous tirez de cette première expérience, je suppose qu'elle vous a aidé à mieux cerner ce que vous vouliez faire pour la production suivante ?

Oui, tout à l'heure tu me parlais justement des techniques. Eh bien, le premier riddim qu'on a sorti a été intégralement composé et mixé sur un ordinateur... à la souris !
On ne s'en cache pas et c'est sûr qu'à l'avenir ce qu'on aimerait bien, c'est composer avec un ordinateur et après faire tous les mixes à la console comme ça se fait traditionnellement dans le dub.
Mais justement, avec le temps, on a pu investir dans du matériel de studio et par exemple le morceau de Sista Kata avec Hatman, celui-là a été entièrement mixé à la console par Hatman, chez lui.
Mon riddim était un peu plus vieux et j'étais un peu en mode "ordinateur et souris" donc celui-là est intégralement fait avec un ordinateur. Mais voilà, pour les prochains, on aimerait bien que tout soit fait à la console, avec des effets à côté, tout en direct...

Et donc arriver à un traitement du son entièrement analogique...

Oui, exactement !

Quel est votre angle d'approche avec la nouvelle production vinyle (face A – vocal + dub / face B – Instrumental + dub) ?

Eh bien en fait je vais revenir sur le Sis Ilie en disant que c'était un riddim qu'on avait fait Hatman et moi et je suis content qu'on ait sorti ce premier riddim parce qu'on a beaucoup travaillé ensemble. Et donc ça ne représentait pas un projet personnel de lui ou de moi, mais des deux et pour un premier vinyle c'était bien de montrer qu'on était avant tout des potes qui aimons bosser ensemble...
Avec ce second vinyle on se démarque plus au niveau des styles ; la face A correspond vraiment au style d'Hatman maintenant, c'est à dire faire des riddims à la fois roots et digitaux et réservés à des chanteurs. Alors que moi j'ai toujours aimé composer des dubs qui se suffisent à eux même, sans forcément qu'il y ait l'intervention d'un chanteur.
Donc voilà, celui-là correspond vraiment à Storm & Break, une face un peu plus calme et chantée, une seconde face un peu plus hard et complètement digitale, sans l'intervention de chanteur ou de chanteuse.

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Comment avez-vous rencontré Sista Kata ?

En fait, Hatman habite à Bayonne au pays Basque depuis quelques années et donc là bas il y a aussi Equal Brothers. Ils avaient organisé quelques soirées sound system dans une salle à Bidart, ils avaient fait venir Jonah Dan, Terry Gad, Humble-I et tous les producteurs proches d'Equal Brothers comme I-Tist, Meekman ou Muzikal Ben.
Hatman est allé à une de ces soirées et Equal Brothers ont joué un tune d'OBF... Une fille est alors sortie du public et a demandé à prendre le micro... Et là ! Elle a fait un truc qui a déchiré et Dub Machinist qui était dans la salle a pris un premier contact avec elle. Donc ils se sont rencontrés, elle est venue à son studio, ils ont enregistré quelques morceaux et c'est par ce biais là que Hatman a connu Kata.
Et suite à ça, Hatman a proposé à Kata de collaborer avec elle, ils ont fait plusieurs morceaux et ont donc choisi celui qui sort aujourd'hui sur le vinyle.

Et concernant le titre "Dub Activist" (en face B du vinyle), quelle a été ton approche ? Notamment au niveau du mix dub...

Eh bien j'ai essayé de reproduire ce que j'aurai pu faire avec une console analogique puisque comme je te l'ai dit tout à l'heure, j'ai tout fait avec un ordi, les envois d'effets pareil. Donc j'ai essayé de faire comme si j'étais devant une console avec des auxiliaires pour envoyer des effets de delay, reverb etc...
Et je l'ai construit à la manière "sound system" : une première version avec une intro assez longue, on attend de savoir ce qui va se passer... quand est-ce que la basse va rentrer... Et puis avec la deuxième version on va directement à l'essentiel, ça commence avec le kick, la basse et puis tous les éléments viennent s'ajouter, ça part... et il y a des effets dans tous les sens.... vraiment construit à la manière du sound system.
En fait j'aime bien les morceaux avec une intro assez longue où on attend de savoir ce qui va arriver... quitte à cutter le part one au bout de 1mn30 et envoyer directement le part two et là il faut aller directement à l'essentiel : peu de mélodie et beaucoup de rythmique avec un couple basse / batterie assez lourd.

Est-ce que tu as fait plusieurs parts avant de trouver vraiment celle que tu voulais sur le vinyle ?

Eh bien non justement. C'est ça le fait de mixer les morceaux qu'à l'ordi... Cette manière de construire les morceau fait des parts uniques alors que quand on mixe avec une console analogique on fait plein de versions, des dizaines et après on ré-écoute tout et c'est là qu'on les choisit. Alors qu'avec l'ordi j'ai vraiment façonné le morceau comme je le voulais et il n'y a pas d'autres versions, il n'y a que ces deux là qui existent.
Je défends pas forcément ça car mixer à l'ordi, à la souris enlève toute la spontanéité que l'on peut avoir avec une console et du coup je trouve ça beaucoup moins bien... C'est pour ça qu'à l'avenir, je veux mixer tous mes morceaux avec une console.
Et ce qui est bien avec le mix à la console, c'est qu'on peut parfois se surprendre soi-même et envoyer un effet au bon moment alors qu'on l'avait pas forcément défini à l'avance... Chose que l'on ne peut pas faire avec un ordi et une souris. C'est le côté un peu magique du mix à la console.

Oui on ressent bien que pour toi, c'est l'évolution pour tes prochaines productions...

Oui et en fait, le mix analogique je m'y suis mis il y a peu de temps... Car j'ai monté un groupe sur Bordeaux - Uptown Rebel et donc la formation c'est un saxo / melodica, plus une basse jouée en live et moi je suis sur une console analogique huit pistes en auxiliaire. On a commencé à composer des riddims ensemble et on s'est directement mis dans une optique live où moi j'allais mixer en direct pendant les lives. Donc là je me suis bien entraîné et maintenant je me sens bien prêt à commencer à mixer des morceaux en studio.
C'est peu commun car d'habitude on s'entraîne d'abord en studio et après en live, mais moi je me suis mis direct dans le live et ce que j'apprends avec le live, je le réutilise en studio.

hatman_garyclunklive2.jpg Vous avez des projets en vue avec Hatman pour Storm & Break ?

Pas vraiment on va dire... mais dans les mois à venir on va lancer un troisième vinyle.
J'ai déjà un riddim de prêt, que j'ai fait avec un chanteur tout récemment. J'essaye de le faire écouter à mon entourage en ce moment et ça à l'air de plaire... donc ça sera peut-être mon prochain projet pour Storm & Break.
Et Hatman il a plein de riddims à dispo aussi mais là il va démarcher pour trouver les chanteurs / chanteuses qui correspondront à ses riddims.
On sait pas trop encore quel format ça aura, un 33 tours avec deux morceaux chantés ou un de mes morceaux chanté avec un dub et ça sera Hatman qui assurera deux dubs sur l'autre face... On sait pas encore. Mais on va se motiver pour que ça s'accélère.

Quels conseils donneriez vous à ceux qui souhaitent monter leur label aujourd'hui ?

Je dirai pas qu'on peut se permettre de donner des conseils parce qu'on est jeunes et on commence nous aussi... Mais si, ce que je pourrai dire c'est qu'il faut vraiment être sûr de ce que l'on sort et pas trop se précipiter non plus. Personnellement au niveau actualité vinyle je trouve qu'il n'y a beaucoup de choses qui se démarquent en ce moment, mais c'est peut-être aussi parce que je suis assez difficile au niveau musical...
Mais voilà, quand on a un riddim, c'est essayer de bien l'écouter, le faire écouter autour de soi et de voir si sur la durée on l'apprécie encore ou si c'est pas sûr un coup de tête qu'on s'est dit "c'est ce riddim là qu'il faut sortir !" alors qu'après on pourrait le regretter.

Donc s'accorder du temps de réflexion avant de sortir sur vinyle...

Voilà ! C'est comme là je te parlais d'un morceau que j'ai fait il y a une semaine, qui plaît dans mon entourage, qui me plaît aussi et que j'aurai envie de sortir... mais peut-être que dans un mois je me dirais "finalement non !". Et peut-être que d'ici là j'aurai fait un nouveau riddim qui va encore plus me plaire. Donc oui, il faut prendre le temps...

...et peut-être à un moment faire un choix et se dire "on sort celui-là ?!!"

Oui exactement.

On va en venir à tes autres activités en tant que "Dub Activist", et nottament le netlabel French Dub Released. As-tu des projets avec ce netlabel ?

Oui alors déjà pour parler un peu de l'historique du netlabel ; on l'a monté a l'époque où je faisais partie du crew Natty Breakz et donc il y avait Subversive qui faisait des études en informatique et il se trouvait que pour sa dernière année il devait trouver un projet dans une entreprise ou une association. Et du coup il s'est dit "pourquoi pas monter un netlabel qui me servirait de support de travail pour ma dernière année d'école informatique et en même temps je ferai un projet qui servira par la suite pour le dub". Et voilà, on a donc commencé avec une première compil Dub Echoes et d'autres maxis ont suivis... Ensuite Subversive s'est retiré du netlabel et de la musique en général, donc je me suis retrouvé tout seul...
fdr_header.jpg Et puis Fred - The Dub Machinist m'a rejoint et maintenant il assure l'artwork / graphisme des jaquettes quand c'est pas les artistes qui le fournissent eux-même... Et il fait aussi tous les flyers du netlabel !
Et il y a également Céline qui fait partie d'un crew de plusieurs filles qui font du sound system : Lioness Power Sound. Céline, c'est elle qui a remis le site à neuf, l'a rendu beaucoup plus agréable à visiter qu'avant et se charge aussi de la mise en ligne des releases.
Et donc moi je m'occupe de contacter des artistes, d'écouter ce qu'on m'envoie et après je les transmets aussi à Fred et Céline. Mais mon rôle premier est d'écouter ce qu'on me propose et de choisir un peu ce qui me plaît...

Et quelle est la ligne artistique du netlabel ? S'il y en a une bien sûr...

Ben il n'y a pas vraiment de ligne artistique. C'est juste : on me propose quelque chose, si j'aime bien je vais faire en sorte que ça paraisse sur le netlabel et voilà.

Mais ce qui est bien, c'est que vous n'en sortez pas non plus une tous les mois ou tous les quinze jours... Vous prenez aussi votre temps pour les sortir et ce sont souvent de bonnes netreleases !

Oui c'est clair on n'est pas du tout pressés. Après il y a d'autres netlabels comme ODG (Original Dub Gathering) qui font du très bon boulot, sont beaucoup plus actifs que nous et qui sortent de la qualité et c'est bien aussi !
En fait nous y passons moins de temps, c'est vrai que pour moi avec le groupe, Storm & Break et les morceaux solo ça fait déjà pas mal de boulot. Dub Machinist c'est pareil, il a plein de projets, donc on n'a pas forcément le temps de sortir beaucoup de releases mais nous n'avons pas beaucoup de propositions non plus...
Mais c'est vrai que quand on sort une netrelease, on est vraiment fiers de la sortir.
Donc pour les projets... Là on est en train de préparer une compil avec des artistes français, peut-être un ou deux anglais et aussi d'autres artistes européens.
Et il y a également Ocoughi, le graphiste des Dub Addict (Lyon) qui a monté son projet solo - Anti Bypass et qui fait du très bon son donc il est en train de préparer un album. Mais pareil il a ses projets à côté, il est pas hyper pressé donc on lui met pas la pression non plus...
Et sinon avec mon groupe Uptown Rebel on prépare un 6 titres, ça sera un moyen d'avoir une maquette pour faire connaître un peu le groupe pour des dates. Sans vraiment démarcher, mais pour que les gens qui écoutent du dub et qui téléchargent puissent faire connaissance avec notre musique et après ça pourra peut-être nous servir pour jouer ou pour d'autres projets.

Quel est ton point de vue sur la dématérialisation des supports ? CD en mp3, moins de sorties vinyles aussi...

Eh bien, ce qui me plaît avec le principe du netlabel, c'est que les gens qui viennent télécharger un album, au moins ils savent ce qu'ils écoutent. Parce qu'avec tous les sites de téléchargement où tu as plein de son en vrac, tu te retrouves avec des dossiers avec des milliers de mp3, pas forcément bien nommés déjà... Enfin, j'ai l'impression que parfois on sait pas trop ce qu'on écoute parce qu'on a tellement de mp3 et puis le nom du morceau correspond pas à l'artiste qui l'a fait ou on a le nom du chanteur mais pas celui du compositeur du riddim...
Ce qui est bien avec les netreleases c'est qu'on a la jaquette, on sait qui a composé quoi, quand est ce que ça a été fait, d'où vient la personne... Voilà, on a toutes les infos et les morceaux sont bien nommés, moi je suis assez à cheval là dessus !
Après j'avais déjà pensé à faire des releases avec un système de donation mais je suis pas convaincu qu'aujourd'hui la plupart des gens qui téléchargent massivement aient envie de donner leur code de carte bleue pour payer 50 centimes un morceau.
Donc je suis attaché aux releases gratuites et puis aussi parce que bien souvent, ce qu'on sort c'est du produit "maison". Tout a été fait avec les moyens du bord, c'est pas comme avant où il fallait payer un studio, louer du matériel pour enregistrer alors que maintenant la plupart des compositeurs qui exercent depuis un moment ont quand même un minimum de matos pour enregistrer une guitare ou une batterie... Ou même ceux qui font leurs morceaux intégralement avec un ordi, le coût est à zéro donc je vois pas pourquoi on vendrait la release.
C'est aussi un très bon moyen pour se faire connaître parce que maintenant tout le monde peut avoir un myspace, mais il y a tellement de myspaces et on voit tellement de noms défiler qu'on est un peu perdu dans tout ça... Alors que la netrelease met vraiment l'artiste en valeur et quand 2-3000 personnes téléchargent son album, ça lui fait un bon petit coup de promo.
Et j'ai l'impression que maintenant il y a vraiment un public qui commence à se créer autour des netlabels et que les gens sont attentifs à ce qui sort. Et puis c'est bien qu'on soit épaulé par des sites comme Nizetch, Dancehall Attitude ou d'autres sites qui suivent l'actualité de ces netlabels et qui les mettent en valeur.

Mais tout ça va de pair avec la qualité des netreleases qui augmente au fur et à mesure, maintenant il y a des netreleases de qualité équivalente à des sorties CD ou vinyles...

C'est clair qu'il y a des albums et des maxis qui mériteraient d'être en vinyle. Après, chacun décide de ce qu'il veut faire de sa musique et tout le monde n'a pas forcément le temps, l'énergie et l'argent pour investir dans un vinyle. Donc le netlabel reste une bonne alternative pour ça.

Quel est ton point de vue sur la scène dub et reggae d'aujourd'hui ?

Je vois qu'il y a beaucoup plus de monde maintenant, surtout dans le milieu sound system. Après je bouge beaucoup moins qu'avant dans les soirées mais je vois qu'il y a beaucoup plus de gens motivés en France et c'est assez positif. Parce que l'Angleterre regorge de "monstres" du dub et en France c'était minoritaire il y a encore quelques années. Mais là, il y a vraiment une scène qui a son importance !
C'est bien de montrer qu'il n'y a pas que l'Angleterre pour le dub, surtout quand on voit que les anglais commencent enfin à inviter des gens comme Kanka, Blackboard Jungle, Lion Roots à jouer chez eux, c'est quand même un grand pas ! Car pendant des années et c'est encore le cas, les anglais étaient beaucoup invités en France mais on ne voyait pas de français traverser La Manche...
Et il y a aussi beaucoup de jeunes qui arrivent dans la scène et c'est bien aussi.

Quels sont tes coups de cœur musicaux du moment ?

Alors je vais justement parler d'une netrelease : l'album des Blackstarliners sorti sur ODG. Un album que je connaissais déjà depuis un moment car le groupe l'avait mixé chez Manutension et peu de temps après, celui-ci avait fait une session dans les Landes avec Dub Machinist et I-Tist et on avait pris ces morceaux dans la face ! Donc je suis content de voir qu'il soit sorti sur internet car il vaut vraiment le coup et d'ailleurs c'est une release qui aurait mérité d'être sur un vinyle...
Côté album : Walls Of Jericho de Paul Fox chez Shades Of Black. Paul Fox est un artiste que j'aime beaucoup, j'aime bien son timbre de voix et sa manière d'approcher les riddims assez différentes d'autres chanteurs. C'est un album que j'ai bien apprécié.

Un message à faire passer pour la fin ?

Oui alors je vais juste faire un peu de promo pour un pote, Sirhill de Control Tower qui sort son nouveau vinyle avec un riddim assez attendu qui s'appelle le Flatron. Donc tenez vous prêts si vous cherchez ce riddim car il sort en édition limitée et ça va partir assez vite je pense...
Et sinon je vais aussi parler de mes activités dans une association sur Bordeaux qui s'appelle Andromac et Cubik Productions. On organise une soirée le 16 avril à Bordeaux avec The Disciples - Russ D & Jonah Dan, Equal Brothers et leur system, donc voilà une des prochaines dates où il va y avoir du bon son sur Bordeaux.
Sinon je salue tous les potes de la scène française qui auront suivi l'interview.

Merci à toi Gary.

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Sources visuels et photos : Gary Clunk, sites web de Natty Breakz, French Dub Released et Niz pour la photo de Hatman & Gary Clunk au Glazart.