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20 ans ! 20 ans qu’Aba Shanti et Iration Steppas font trembler les murs à travers le monde. J’avais 6 ans lorsqu’ils ont commencé et c’est avec grand plaisir que j’ai assisté à la célébration de ces 20 années d’activisme sans relâche. Récit d’un anniversaire réussi.

Bristol Trinity Center
Arrivée à Bristol en début de soirée, je débarque au Trinity Center à 22 heures pile, heure annoncée d’ouverture des portes. Evidemment, l’organisation a pris un peu de retard et c’est donc Stryda qui m’accueillera dans la salle encore fermée du public. Le Trinity Center est une ancienne église reconvertie en club comme c’est souvent le cas en Angleterre. Chacun des invités a ramené deux stacks et l’heure est au sound check final.

Il est 22h30 bien passé lorsque la soirée commence en mode University of Dub : on alterne entre les deux sound par petites sessions, le tout sans trop de surprise, juste histoire d’échauffer les mollets. Petite remarques sur le « Meditation Rock » joué par Aba : bien qu’étant une de mes tunes de salon préférée, elle ne m’a pas fait l’effet attendu sur un sound system, faute peut être de l’avoir trop écoutée chez moi ?



IMG_3204.jpgA minuit débarque Dougie Consicous et King General pour un set d’une heure sur le sound d’Iration. Je vais être franc, ce fut ma déception de la soirée : pas grand-chose à reprocher sur la sélection, chronologique depuis les early 90’s jusqu’aux récents tubes de Conscious Sound. En revanche, je ne suis pas convaincu du format proposé par le duo : d’abord King General met du temps à se chauffer, il sera presque muet pendant la 1ère demi heure. Ensuite, le duo fait plus un showcase qu’un set selecta+MC : la playlist est prévue à l’avance et aucun moment n’est laissé a l’improvisation, même pour le Général. Ajoutez à cela un charisme de Dougie pas spécialement fait pour le live, et l’on se retrouve avec un set un peu froid, sans vraiment d’échange entre les artistes et le public. Alors oui une fois lancé, King General est impressionnant, mais le set touche alors déjà à sa fin. Autant ces garçons sont redoutables d’efficacité en studio, autant je ne suis pas convaincu par leur prestation en sound system. Attention, ça reste du bon, qui mérite surement plus qu’une seule heure, mais comparé à la qualité du travail en studio, le set est en deçà.


Arrive ensuite Keety Roots sur le sound d’Aba Shanti. Evénement plutôt exceptionnel de voir un invité sur le sound d’Aba, Keety avait quand même ramené son propre matos et ne touchera ni au preamp ni à la platine de son hôte. Il est 1 heure du matin, la soirée dure jusqu'à 6 heures, je décide alors de la jouer stratégique et d’aller me chercher à manger tranquillement histoire de garder toute les forces pour après. Je verrais juste la fin du set, pleines de vibes mais je préférerais le revoir une seconde fois pour donner un avis plus détaillé.

Mark Iration2h20 : Mark Iration prend le micro et annonce la suite : Aba vs Iration, 2 tunes chacun, 100% 90’s style. Il osera même prononcer le mot « clash » timidement dans le micro…Je me dis alors que j’ai bien fait de me reposer, les 3h40 qui restent vont alors êtres magiques… Mes connaissances en dub 90’s étant encore plutôt limitées, j’attendais de cette soirée une leçon, ou tout du moins un cours de rattrapage, sur cette époque qui comme chaque décennie du dub a ses propres particularités.

Mon professeur fut Aba Shanti…Oui, autant Iration Steppas nous a sorti plusieurs tueries, comme par exemple le dub revolution de Disciples, des dubplates High Rise studio avec Sister Rashida ou des dubplates Eeek-a-Mouse, Ras Kuntus ou Alpha & Omega, le tout sérieusement bien accompagné de son équipe de MC, autant la sélection d’Aba était ce soir la deux crans au dessus.

IMG_3209.jpgJ’ai longtemps bloqué sur cette vidéo avant la session, j’espérais retrouver la même vibes et je n’ai pas été déçu... La ou les sélections d’Iration sont généralement basées sur le même beat, avec toujours le même rythme de kick et d’Hi-hat qui provoque toujours le même mouvement de tête, la sélection d’Aba fut extrêmement variée au niveau du groove. Il nous a clairement sorti des pépites du placard, des dubplates de zulu qui te font danser les pieds dans tout les sens comme autour d’un feu au milieu d’une tribu, enchainés par des steppers qui te font sauter jusqu’au plafond. Certaines acétates craquaient comme jamais - preuve du vécu que la galette doit avoir derrière elle - des pièces à exposer impérativement si l’on devait ouvrir un musée du dub.

Les dubplates Falasha Records ont un son tellement particulier, reconnaissable instantanément, nottament avec ce son de flute caractéristique des productions Aba. Les années 90 sont le début de l’aire digitale, avec des mixs, qui peuvent sembler cheap, des sonorités basiques tout droit venues des premiers processeurs numériques, mais maitrisées à la perfection pour fusionner avec les boxs d’Aba. Des dubs parfois en 5 parts, une réelle mise en avant d’un instrument dans chaque part et une progression transcendante entre chaque cut. Quand on connait le peu de capacités technique qu’avaient les studios de l’époque, à mille lieues d’un studio en 2010, on dit juste respect. Mention spéciale pour une dubplate qui serait appelé ZuluMan jouée en toute fin de soirée, une intro piano clairement signée Aba, un groove magique à faire danser les comateux du fond de la salle et un souvenir profondément ancré dans ma mémoire…

Aba Shanti I Sound SystemLe mur d’Aba est sérieusement strident, voir dangereux pour l’audition - nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises - à tel point que depuis cette UoD où mes oreilles ont sifflé jusqu'à 6 mois après, j’ai toujours crains de souffrir pendant la session. Mais la soirée se devait d’être unique, j’ai donc tiré sur les oreilles et me suis forcé à ne pas mettre les boulles Quies. J’ai en fait compris le plaisir que peut développer ces tweeters agressifs : une fois l’oreille habituée (au bout de trois bonnes heures tout de même), le mur provoque en fait une douleur qui fait du bien, une sensation difficilement descriptible, une sorte de sadomachosisme sonore, un délire risqué mais qui peut s’avérer transcendant. Le lendemain mes oreilles ne sifflaient pas, mais je me vois tout de même ne pas retenter l’expérience trop régulièrement.

Petite anecdote, vers 4h, Aba baisse le son et Stryda prend le micro pour présenter deux gros gateaux d’anniversaire représentant les 20 ans d’activisme des deux sounds system. Un petit speach de célébration, puis Aba remonte le son pendant qu’Iration découpe son gateau pour le partager avec tout le monde dans la salle ; ça finira en bouilli dans la main mais c’était sympa de partager ce moment avec ces grands du dub !

IMG_3362.jpgCoté public, il est assez intéressant d’opposer le public de Bristol à celui de la capitale anglaise. En effet, alors que Londres pourrait être considéré comme la ville la plus touristique d’Europe pour amateur de sound system, le public de Bristol est 99% local. Vous n’y croiserez que très peu de Français mais beaucoup d’anglais natifs de la ville, qui viennent à ces soirées en simple amateur de fête plutôt que pour écouter la dernière dubplate ravageuse de tel producteur. Un public mixte et varié, entre dubstepper et rastas, bon vivants, rappelant un peu le public des subdub de Leeds; en soit surement le vrai public anglais.


IMG_3367.jpgEt puisqu’il n’y a pas que le dub dans la vie, si l’envie vous prend de venir découvrir ces soirées Teachings in Dub, profitez-en pour passer un peu de temps dans la ville. Après une ballade au centre ville le long de la rivière où vous pourrez y déguster les bières locales assis dehors dans les, je ne peux que vous conseiller deux spots incontournables de la ville : commencez par le Brandon Hill, une petite colline dans la ville ou vous y trouverez une pure vue en plein nature (on y croise des écureuils), puis l’incontournable « Clifton Suspension Bridge », un pont en suspension qui vaut largement le quart d’heure de bus pour y accéder !

Voila, non seulement la soirée fut une de mes meilleures sessions à laquelle j'ai pu assister, mais les à-côtés, que ce soit le public, le lieu où la ville, furent largement aux dessus de mes attentes ! Un seul conseil, jetez un œil sur www.easyjet.com, il y’a des avions directs depuis Paris, Lyon, Marseille, Nice, Genève, Bordeaux, La Rochelle, Grenoble et Toulouse !! Perso, j’y retourne dés demain : http://www.talawa.fr/events/teachings-in-dub-jkkmp