Dub Station #27 King Earthquake At The Controls
Par Jerricho le mercredi 24 novembre 2010, 18:10:00 - Live reports
Musical Riot & Garance nous avaient prévenus, King Earthquake débarquait pour la première fois à Paris avec son propre système, et ça allait envoyer du lourd dans les travées du Trabendo. Une soirée dub sound system dans les brumes de novembre avec Errol Arawak en full night, un peu comme la session du 6 février 2010 avec Channel One. Voilà tout le programme, le public toujours plus nombreux, ne fut pas déçu, loin s'en faut..

Une configuration un peu inhabituelle nous attendait sous les plafonds rasants de la salle situé porte de Pantin. King Earthquake collé contre le mur du fond, comme Jah Shaka l’avait fait pour le Télérama dub Festival 2008. King Earthquake et son équipe avaient disposé deux gigantesques murs collés sur la droite de la salle en regard d'une fosse prête à se prendre les violences d'un stack mythique. Deux énormes blocs de 6 caissons sur 3 mètres de haut, balafrés de leurs parures camouflage et de leurs grilles sombres, semblaient annoncer toutes les fureurs de la terre, on brûlait d'entendre le séisme tant annoncé.
Puis le cyclone est arrivé, après un warm-up casual, tout plein de tunes roots comme le mythique "Jah Works" des Gladiators, on quitta rapidement ce côté radio DJ pour entendre la foudre gronder sur un Farover de Kunta Kinte diabolique en version 12 Inch. Le son est monté d'un coup, et les genoux avec. Les caissons de basses vous cisaillent les jambes dans la seconde, avec une douceur musclée, alors que les aigues qui étaient un peu stridents en début de soirée furent plus doux dans le déroulé de la soirée. Franchement dans cette avalanche de décibels, il n'y avait que le son de la sirène qui était insupportable. Le reste commence fort, et c’est vraiment à ce moment-là que le King Earthquake prend toute sa mesure. Le son du King est massif, très percussif dans les bas médiums avec des subs bien gras et des aigus bien métalliques. Un petit tour dans la fosse pour réaliser la portée du cataclysme : le sol tremble réellement, et vos jambes se lèvent automatiquement pour skanker. C’est du Hard-Stepper, et on est au cœur de l’ouragan, tout le monde danse, c’est mystique.
L'unique recette du bonheur ? Pas vraiment, le secret c'est que dans cette débauche d'artillerie, Errol nous passe en boucle des pures dubplates, entrecoupées de standard comme le "Babylon" de Johnny Clarke version 12 Inch original du label Cha-Cha, collé à un Dubtronic bien digital suivit du Sister Aisha "Do You Know". Cette fameuse tune de Mellow Vibes est une tuerie absolue. Le tout unifié par la puissance du sound, ça donne le même son sur une prod early qui sonne aussi fat que sur un stepper 3000 Years Style. Voilà l'alchimie parfaite, du hard-stepper au pur roots joué sur une Thorens Td 150-160 TT et diffusé sur 12 colonnes boostées en basses et en aigues avec une grosse impasse sur les médiums.
C'est SupaFat : c'est du boom boom comme diraient certains, mais c'est jubilatoire à vivre. Le public était plus bigarré que d'habitude, il oscillait entre puristes du son de Birmingham et teufeurs dans l'âme attiré par la réputation sulfureuse du personnage. C'est une forme de transe qui saisit la fosse emportée par le heartbeat très percutant cher à Errol Arawak. Ceci permet de mieux comprendre l'orientation des prods de King Earthquake qui sont toujours très axées dans ce qu'il joue en session et surtout dans la manière de les mixer. Ce type de son est un extension de son propre sound où apparaissent les lignes qui sont soulignées par la technique de sa sono... Les cuivres sonnent monstrueusement tout en aigus et les basses sont roulantes avec une puissance de damné ; celles-ci ressortent dans un fond médium avec le coté binghi drums qui vous porte dans la mélodie. C'est assez africain dans la perception et, pour souligner l'aspect universel du personnage, c'est plus oriental dans la danse… Errol joue beaucoup de prods de Dubtronics, ce crew de Birmingham qui travaille sur des hot-steppa très indien dans l'inspiration mais dans une approche chère à nos camarades du nord de l'Angleterre : massif & indy… C'est la parfaite extension des prods de Errol avec le coté digital en plus.
Alors quand Errol nous sort une de ces futures productions en dubplate avec Sista Olidia en nous clamant de sa voix de stentor "Soon Release", qu'il nous coupe cette tune énorme au 1er refrain en disant qu'il joue le test press dont il n’est pas satisfait, la pression monte. Puis il ajoute qu'il préfère nous jouer le "Holy Spirit" tiré du prochain King Earthquake Meet's Sister Olida, c'est du délire. On s'enfonce dans la nuit enchaînant les Dubtronics from Birmingham et les Prince Allah "Rastafari" d'un Keety Roots bien éclairé. En on continue dans la danse pour verser dans un "Never Release" à la King Earthquake et plonger dans un "One Step Forward" du vétéran Max Roméo. C'est varié, ça tourne en boucle tout le temps mixé par le prisme de la sono du King, c'est bon et jubilatoire de puissance. Le plus important, c'est que cette couleur musicale relie toutes les générations de reggae dans une vibe qui permet d'enchaîner les périodes sans perdre en intensité. C'est trans-générationnel dans la musique, dans la vibe, dans la danse, comme le message d'unité que les soirées des Dub Station essayent de mettre en place.

À ce sujet, il faut que nous puissions prendre conscience de la chance que nous avons aujourd'hui en France. Après le récent rapport de l'ARS (Agence Régional de Santé) le gouvernement semble s'intéresser à la problématique du bruit en discothèque, notamment sur l'impact des basses fréquences. Ce rapport "Niveaux sonores dans les discothèques, Ile-de-France" en partenariat avec Bruitparif, préconise notamment de mettre les enceintes en hauteur et d'imposer les limiteurs en temps réel. L'emphase est mise sur les basses fréquences, car aujourd'hui 91% de l'énergie acoustique diffusée dans un club se situe dans le spectre des basses fréquences, on peut craindre que dans le cas d'Errol le gâteau se partage entre graves et aigus. Écouter ce genre de son sur ce type de système est un aboutissement en termes de culture sound system comme voir Iration Steppas dans sa salle à Leeds ou Aba Shanti sur ses Steel Box à Londres. Il va falloir mettre des choses en place pour responsabiliser les gens sur les risques sonores et institutionnaliser les dons de bouchons antibruit, comme le fait très gentiment le crew de Musical Riot en offrant des bouchons aux spectateurs reconnaissants.
C’est dans ce genre d’événement qu’on réalise que la pratique du Sound puisse être délicate et que c’est une chance incroyable que ceux-ci puissent vivre. Le bruit ne doit pas être l'argument qui va tuer la scène dub en France, les Subs faisant partie de l'essence de cette manière de faire vivre la totalité de cette musique. C'est physique, c'est extrême, mais c'est ce qui fait que c'est vivant. La culture sound system a la chance de voir des vétérans à l'immense culture pouvoir continuer à jouer live. Warrior Fi Warrior.
Merci à encore toute l'organisation qui a su prendre en compte les demandes des amateurs de son UK, de leur avoir permis d'écouter le son from Birmingham sur ce qui a fait leur réputation, leur propre sound. Give Thanks.









Mai 2013

























Commentaires
Ahahahah mais quel bonheur de lire des articles comme celui-ci !
Pendant un instant, au milieu des paperasses et des fiches de paye je me suis cru en pleine session, au milieu de la danse.
merci nizetch