Ici à Nizetch, il n’y a plus de secret, on parle de Dub et donc souvent bien plus de Sound System que de musique live. Ce report sera donc à l’image du Webzine, axé sur ce qui s’est passé dans l’arène sound plutôt que sur la grand scène du festival. De plus, nous sommes arrivés sur le site qu’à partir du jeudi, 21h, et nous avons donc loupé la soirée du mercredi ainsi qu’une bonne partie du jeudi.


Le dub station corner


09- Sounds system in the dust.jpgPour les amateurs de sound systems, la configuration du festival n’était pas loin de l’idéal : deux des trois plus gros sounds français, OBF et Blackboard Jungle, sonorisent l’arène avec trois stacks chacun et accueillent des artistes français et internationaux.

Pendant 4 jours, de 18h30 à 01h30, les sélecteurs se sont donc partagés des créneaux horaires d’une à trois heures, puis à partir de 01h30 c’était le Dub fi Dub habituel : une tune ou deux par sound, chacun son tour.

Une chose que j’aimerais souligner en 1er est la variété des styles des différents artistes qui sont passés derrière la control tower : du trés roots, du new roots, du rub a dub, du stepper et du hardcore stepper. La diversité du reggae music est une force et c’est une bonne chose de continuer dans cette voie. De plus, tout les sounds étaient accompagnés d’un ou plusieurs MCs, un effort à souligner également !

02 - Jacin.jpg

La nouvelle génération de producteurs français était représentée par Dawa Hifi et Jacin, respectivement accompagnés au chant par Doctor B et Mighty Cricket. Malheureusement, la team Nizetch ne les verra que de loin entre deux coup de fil juste après son arrivée sur les lieux, dommage car les retours entendu après leurs sets semblaient bon.



06 - YT.jpg Le reste de la soirée a vu défiler Anthony John du coté Blackboard Jungle et YT du coté OBF. Après plusieurs prestations convaincantes aux Dub Stations parisiennes, Anthony John a semblait un peu en retrait ce weekend end : pas toujours à l’aise dans son flow jusqu’ à créer quelques blancs, il a aussi manquait un peu de folie. Il faut dire aussi qu’une bonne partie du public était à ce moment là du coté de la grande scène du festival, ce qui n’a pas du aider le MC. Mais sa bonne humeur communicative reste un plaisir à apprécier ! YT est quant à lui un phénomène, il semble timide, très en retrait et à peine intégré au crew OBF, pas vraiment communicatif ni charismatique. En revanche, une fois qu’il est lancé au micro c’est un autre homme, il enchaine les lyrics comme un tueur. Il est également revenu plus tard lors du Dub Fi Dub. Sa tète franchement marquée par sa consommation lors de la soirée, j’avais peur d’assister à une nouvelle prestation décevante d’une artiste plus dans son état normal. Chez YT c’est tout le contraire, au moins il a l’air bien, au plus il ravage le dancefloor ! Un artiste à part, sans aucun doute !

08 - Anabelle from Dub Livity.jpg Pour se décrasser de la veille, c’est les caennais de Dub Livity qui préchauffent les muscles au soleil le vendredi. Une bonne sélection variée jusqu’au stepper bien dubwise et un message très positif. Anabelle était au micro, un ptit bout de femme qui ne paye pas me mine jusqu'à ce qu’elle hausse la voix, un duo très bien placé a cette heure de la journée ! Simon Nyabin et Flo VibesCreator, qui forment le Nyabin Sound, ont ensuite pris les choses en mains. Au micro, le crew est accompagné de Jah Tool et son style toujours (trop ?) Peace&Unity, ainsi qu’un homme nommé Marcus qui a fait quelques apparitions. J’ai personnellement moins accroché sur le style des productions jouées, à cheval entre roots et digital et j’ai malheureusement loupé la présence surprise de Mo’kalamity en fin de set ! J’attendrais de revoir le crew une seconde fois pour me faire une autre opinion, car certaines prods maison ont visiblement cartonnées.

09 - Pupajim from Stand High.jpgLe crew Stand High a ensuite reprit le contrôle du sound d’OBF. Très dérangé par le son d’OBF dont les boomers medium avaient cramés la nuit précédente, le crew a mis un peu de temps à se chauffer. Comme à son habitude, Stand High c’est un set 100% dubplate maison. L’identité sonore du crew est forcément un atout de force, et l’on sait très vite lorsque l’on entend du Stand High. En revanche, tout n’est pas très bon et certaines dubplates fraichement mixées dans la semaine ne méritent pas leur place au milieu de leur sélection. Mais il faut souligner la volonté artistique du crew de renouveler son show à chaque apparition. A noter une dubplate avec Robert Lee aux accents de what’s wrong des plus ravageuse.

Le Samedi, la programmation fut plus orientée Roots&Culture. Un des événements de ce dub station corner fut la présence de Lone Ranger aux cotés de Soul Stereo. Le MC jamaïcain, légende vivante du Studio One nous a montré ce qu’est le vrai rub a dub traditionnel. Debout sur la table pendant tout son set, il a arrosé Bagnols de vibes à l’ancienne. Le monsieur maitrise les foules, il alterne les intensités de chant entre chuchotements et crie à pleine puissance, on boit ses lyrics sans aucune douleur et l’on danse sans s’en rendre compte. Le set de Soul Stereo, bien qu’un peu mout au début, comporte quelques perlent qui furent complètement galvanisées par la présence du MC. Il ne fallait pas louper ca !

Puis vint le tour de Jah Observer, selecta U.K. reconnu pour ses sélections roots. De même que Soul Stereo, le crew a commencé tout en douceur. Un peu trop d’ailleurs, étant donné que les sound tournent depuis 5h et que l’ambiance vient d’être chauffée par Lone Roger. Débuter le set par Jah Live m’a quand même un peu refroidi. Mais petit à petit, et le tout en quand même 3h de set, les tunes s’enchainent, alternant bizarrement entre perles introuvables et hits, et la foule apprécie. Un set pour connaisseurs, qui ne restera pas pour ma part le meilleur du festival, mais comme dis plus haut, il en faut pour tout le monde. Certains ont pris une claque !


Le phénomène O.B.F


Intercalés entre tout ces crew que je viens de présenter, et également acteurs principaux des dub fi dub, O.B.F et Blackboard Jungle ont assuré le reste du spectacle sur leur propre sono. Sachant à la fois jouer les 1ere tunes à 18h comme finir les soirées à 3h, ils ont représenté la crème du sound français avec talent.

11 - Blackboard Jungle.jpgDe son coté, Blackboard a perpétué sa tradition : des sélections assez cadrées, des mixs très fin de Nico au preamp, et un sound qui sonne au top, du bas du spectre sonore jusqu’au plus haut. J’ai particulièrement apprécié le rendu des voix sur le sound system, celle de Lone Roger était parfaite de clarté. Un MC Oliva en forme, plein d’énergie et un grain de folie, mais dont les lyrics méritent peut être quelques nouveautés.


13 - Rico O.B.F.jpgMais malgré tout le talent du crew Rouennais, et avec tout le respect que nous leur devons, il faut bien avouer qu’O.B.F est de loin le sound qui a littéralement fait le plus remuer la poussière lors de ses 4 jours. A l’aise dans des sélections vinyle roots en début de journée, les deux compères exposent l’étendu de leur talent lorsqu’il s’agit de retourner la place en pleine nuit. Armés de 95% de dubplates maison, les dub fi dub d’O.B.F sont déjà légendaires. Les cuts d’Humble I, King General, Blackboard Jungle, Chezidek ou Pupajim, une fois passés par le studio O.B.F et le preamp de Guyom, deviennent des tueries à sound. L’O.B.F Anthem fait toujours autant succès auprès de la foule, sans parler de la future sortie 10’’ de Kenny Knots, United We Stand. Et puis quand c’est pas une prod O.B.F, c’est une dubplate Big Family Sound meets iration Steppas qui réveille les morts.

La folie monte réellement de deux crans lorsque O.B.F prend le contrôle ; j’irais même jusqu'à dire qu’au fil des années, des dub stations et des dubquake genevoise, une génération O.B.F s’est formée au sein du public : les « O.B.F skankers », des jeunes fous d’une vingtaine d’année qui deviennent hystérique à la moindre dubplate et dansent jusqu’ à la dernière tune. Malgré toute la volonté de BBJ d’enchainer après les tueries de leur compères, alignant des perles roots ou même des dubplates plus énervées et remixées à coup de synare dans tout les sens, le public réservait toute sa force pour O.B.F. Seul le Conquest de Kanka et Brother Culture, joué par BBJ, a foutu autant le dawa que les tunes d’O.B.F. Des reverbs métalliques, des mélodies de synthé analos souvent à la double croche et toujours bien recherchées pour sur dimensionner les skanks assassins, des montés en puissance d’une minute qui finissent sur une basse ravageuse, la recette des hardcore steppers O.B.F est toujours la même, mais jamais la cuisson ! Encore une fois, c’est un style qui ne peut pas plaire a tout le monde, mais une chose est sur, le duo est ultra rodé et bourré d’énergie ! Gimme me de O, gimme be de B, gimme me de O.B.F !

Un petit extrait vidéo de ce phénomene dont je vous parle, merci a Lylloo de Dancehall-attitude.com pour l'upload !


Le Sound à la française


16 - O.B.F vs BBJ.jpgCe festival était une nouvelle occasion de prouver la qualité du sound system à la française. Certains pensent encore que les anglais sont les seuls à maitriser complètement les techniques nécessaires à cette discipline, alors que nous n’avons plus grand-chose à envier à nos voisins anglophones. La qualité sonore est là, ainsi que les sélections qui vont avec. Malgré la poussière omniprésente, les machines ont tenues sans relâche pendant 4 jours, preuve encore de la qualité des équipements utilisé par les crews. OBF a malheureusement cassé des boomers medium en début de festival, et le son s’en est ressenti un peu dégradé au niveau présence et clarté général, mais l’ensemble est resté à un bon niveau. Le volume était selon moi proche de la perfection : évidemment trop fort pour les non initié aux sound systems, je n’ai même jamais eu le besoin de mettre les bouchons alors que les scoops résonnaient comme il se doit. Évidemment les conditions d’écoute en extérieur sont un plus indéniables par rapport a une salle et l’on aimerait tous que ce genre d’événement se reproduise plus souvent.

Un petit détail intéressant : cet événement fut également l’occasion de comparer directement la différence entre les basses de BBJ et celles d’OBF. Du coté des rouennais, c’est la rondeur qui prime : une basse jamais agressive et qui donne l’impression de plus de présence dans l’espace. En revanche coté OBF, les speakers Turbomax ont clairement était choisi pour obtenir une basse plus agressive, qui percute l’auditeur la ou les basses de Blacboard te massent le dos. Je dirais que c’est une histoire de gout et que les crews ont tout les deux bien choisi leurs sonorités pour correspondre à leurs sélections.

Cerise sur le gâteau, nous avons même eu le droit à un couplage des scoops des deux clans pendant les sets de Soul Stereo et Jah Observer. 24 scoops qui tournent en même temps, ça ronronnait à la perfection !

Soyons fier de notre scène française, ça progresse de plus en plus et ce n’est pas prêt de s’arrêter !


Les sounds du camping


20 - Irie Ites Intl.jpgEt oui ce n’est pas tout, le sound system était à l’honneur pendant ce festival, et nous y avons même eu le droit sur le camping. Deux jeunes crews français, Welders Sound d'Aix en Provence et AFK Sound d'Arles, ont uni leurs forces pour constituer un mur de 4 scoops qui a tourné tout les jours non-stop de 10h du matin à tard dans la nuit. A vrai dire, la tente Nizetch était l’une des plus proches du chapiteau sous lequel le sound était installé, et nous avons donc eu le droit à un réveil en douceur tous les matins. Je me rappel notamment d’un petit Winston Fergus, 1ére tune jouée le samedi matin, et du bonheur de sortir de la tente et de se retrouver au milieu d’un sound system ! Big up à tous les sélecteurs qui se sont relayés sous ce chapiteau, le monde était moins présent que sur le festival mais la vibes ne manquait pas ! Encore une preuve que toute cette nouvelle génération va faire du bruit d’ici peu !

Et puis évidemment, des tas de campeurs en camions avait dérogé à la règle et installé leur mini sono dans le camping, ce qui fait que l’intégralité du site était couverte de musique. On a notamment eu le droit a du dancehall la nuit du jeudi au vendredi, entre 3h et 8h du matin, les massives répondaient visiblement présent !

Pour ceux qui veulent savoir comment les concert sur la scéne se sont passé, voila le live report de Reggae France !


Les à-côtés


18 - Camping.jpgEt oui, un festival, c’est de la musique mais pas que. Tout d’abord le lieu : le site du Parc Rimbaud de Bagnols-sur-Cèze est un parc qui a été construit pour recevoir ce genre d’événement. Il est donc pré aménagé en électricité, bien ombragé, et il y a même une dalle pour les douches sur le camping. Ajoutez à cela les bords de la Cèze ou les festivaliers se baignent au calme et vous comprendrez que l’on n’est pas loin du lieu idéal. Certains diront qu’il manquait de douches sur le camping, perso je me suis lavé le samedi matin, 10h30, et j’ai attendu 5 minutes pour être sous l’eau ! Il y avait en revanche beaucoup de monde autour du point d’eau pour remplir les bouteilles. Bref, vraiment de bonnes conditions d’accueil, les douches construites en bambou avaient quand même la classe !

Que ce soit sur le site du festival ou sur le camping, les stands ont été je trouve bien choisis : plein de disquaires avec des stocks intéressants, nourriture Ital et autre artisants, on était loin des stands ultra business que l’on peut trouver sur certains festivals !


Une atmosphère paradisiaque


17 - Bagnols sur plage.jpgEn se promenant le long de cette rivière, marchant depuis le camping vers le lieu des concerts, croisant des parents avec la poussette, suivi pas trois rastas et un punk qui promène son chien, il ne manquait pas de diversité pendant ces 4 jours. Le mélange de soleil, de musique et surement de quelques cigarettes relaxantes a fait de ce festival un bonheur d’humanité : les gens sourient, semblent heureux et personne ne se regarde de travers. Pourtant le camping n’était absolument pas fermé aux personnes de l’extérieur, à croire que la magie du reggae musique permet même ce genre de miracle. Chose encore plus incroyable, la présence policière fut extrêmement passive, comme-ci ils étaient la, au cas où, mais sans jamais vouloir mettre de petite étincelle sur un feu qui de toute façon ne semblait pas vouloir prendre. Leur stratégie a complètement fonctionné puisqu’un seul incident violent a eu lieu pendant ces 4 jours ! Et puis au cas où vous ne seriez pas encore convaincu de l’incroyable atmosphère qui a régnait sur Bagnols pendant 4 jours, la ville elle-même était un véritable festival à elle seule. L’intégralité des terrasses de la ville, décorées en vert jaune rouge pour l’occasion, jouaient du reggae ; pas un seul habitant ne semblait dérangé par l’invasion qui a eu lieu ; les commerçants nous accueillaient les bras ouverts sans pour autant augmenter leurs tarifs (pensée spéciale a l’épicerie la plus proche qui vendait ses canettes a 1.20€ !). Le midi libre a d’ailleurs il me semble publié 4 unes d’affilée sur le festival ! Il semble que la région était fier d’accueillir cet événement et c’est tant mieux !


La perfection ?


Non évidemment tout n’était pas parfait ! Un peu plus d’eau sur le camping, plus de vigile à l’entrée pour accélérer les fouilles, des bières moins chères, une solution contre la poussière, sans parler du fait qu’après 18h30, aucun transport en commun ne dessert la ville ; tout ça sont des points améliorables, mais franchement, ce n’est pas ce que je retient de ces 4 jours. Je retiens le renouveau du reggae à Bagnols, une édition 2010 franchement réussie et beaucoup d’espoirs pour que ca continu les années suivantes...

Nizetch remercie Benoit et toute l’équipe Reggae France, Musical Riot ainsi que tous les activistes du dub que l’on a croisé pendant ce week end. On remercie aussi toutes les autorités de la région qui ont permis que ce festival se passe dans de si bonnes conditions !