J'ai amené avec moi un ami, aucunement rompu aux subtilités du dub. J'ai pensé qu'une expérience live le pousserait à mieux appréhender cette sphère musicale. Mais très rapidement, j'ai compris que ce n’était pas vraiment gagné d'avance. En gros, à la pause clope, il m'expliquait qu'il ne comprenait pas pourquoi Molecule laissait les couplets des différents featurings, et que le MC ne faisait que doubler et chauffer. J'ai bien tenté de lui expliquer que dans le dub, tout est possible. Qu'il est justement inhérent au dub d'enfreindre les codes. Bref, qu'il n'était pas nécessaire que toutes les voix soient bien là, en live. Bref, j'ai encore eu la même sensation que le dub était une musique de machinistes, à défaut de musiciens.
C'est un point de vue qui se discute, mais je reprends souvent l'exemple de The Scientist, qui en commençant à dubber, n'était qu'un réparateur TV. C'est un type qui à pris la musique comme il l'a connaissait, c'est à dire en tant qu'ondes, en lieu et place de notes musicales : un vrai trip d'électricien, quasiment de la science-fiction. Le bon goût faisait le reste. D'ailleurs, si tu regardes bien, les amateurs de dub, ceux qui le place généralement en première position dans leurs affections, sont généralement ouverts à toutes sortes de sonorités et de style. Car il y'a une notion d'exploration, de voyage, d'évolution. C'est super, dira-t-on, mais c'est aussi ce qui en fait une scène inidentifiable. Entre le premier album de Zenzile et le dernier, il y'a un monde, et putain, je trouve ça bien. Qu'on ne me taxe pas d'imputer ce genre de trucs qu'à des "gros" ; sur la petite scène, j'aime beaucoup Metastaz par exemple, et ils savent se laisser aussi, niveau exploration. Ce que je veux dire, c'est que c'est sain. Le vendeur de la fnac ne sait pas exactement dans quel rayon mettre le dernier Ez3kiel : échec au niveau business marketing, mais putain de réussite pour le dub. Il ne suffit même pas d'être un dégénéré mélomane, la curiosité est le réel pivot du genre : le dub est la musique de ceux qui veulent toujours voir un peu plus loin dans les entrailles des ondes (et des infrabasses, parce que c'est notre pêché mignon).

C'est comme ça que j'ai connu Muslimgauze, en 1999, moins d'une semaine après son décès. Je suis un fan de ce type. Et du coup, j'ai connu The Rootsman, le joyeux luron de Bradford (super cool par ailleurs), et par la même occasion Hammerbass. Et ensuite, et sorti ‘’Never Trust a Hippy’’ d'Adrian Sherwood_, excellent album. Je voyais toujours Hammerbass dans le secteur. Ce n'est que des années après que j'ai réalisé qu'Hammerbass était français. J'étais certes surpris, mais aussi un peu fier. Car je ne suis pas exactement un universaliste, je cultive toujours l'idée, avec orgueil, que la France sont les premiers en matière de dub.

Je ne connais guère qu'une personne dans mon entourage qui aime le dub comme moi. Cette personne habite à Sapporo, au Japon. Sorte d'extra-Sibérie extrême orientale. En qualité d'ethnologue, il s'amuse aussi à faire quelques sets là-bas. Il me dit qu'il a un gimmick de toujours commencer ses sessions avec ‘’Fenêtres’’ ou ‘’Cube Dub’’, et là dessus, il me raconte : "tu verrais leurs tronches... à chaque fois. Du délire total". Lorsqu'à plus de 10 000 km d'ici, ils écoutent nos frenchies, ils sont sur le cul. Les nippons ne sont pas les derniers en dub (et j'ai profond respect pour leur dub scène, notamment les indéfectibles Dry & Heavy), mais mon ami me dit : "Ils font la tronche de ceux qui se disent : on a jamais entendu ça !". Pur orgueil, je l’admets.

%En fait, je voulais écrire un vrai live report pour le site, mais j'ai une manière de raconter les choses qui sont assez particulières, et pas forcément adaptées.
Whatever...

Yaz



Je voulais juste vous le faire partager avec l'accord de Yaz