Telerama Dub Festival @ Elysée Montmartre
Par niz le jeudi 3 décembre 2009, 22:36:00 - Live reports
Voici le live report de la soirée du Vendredi 27 novembre du Télérama dub Festival 2009 qui mettait en scène Dubblestandat, Molecule feat Marina Topley-Bird et Mad Professor and the Roboticks feat Faya Horns and Earl 16.

Conséquence de la crise générale ou de celle du disque, détachement de Télérama du dub, peu importe; mais cette année le beau Télérama Dub Festival qui se tient d’habitude dans le courant du mois de mai et sur toute la France à été raboté. Réduit à sa plus simple expression, il se tenait la semaine dernière sur 4 concerts et à Paris uniquement. En plus des « habitués » du festival que sont Molecule et Kanka, nous avons eu le plaisir de voir sur scène les autrichiens de Dubblestandart, Mad Professor & The Roboticks feat Earl 16 and Faya Horns, Blood Shanti and the Shanti ites et bien d’autres… Un plateau toujours aussi bien fournit qui fait du TDF un des gros événements dub français, mais retour sur la soirée de vendredi au line-up réjouissant.
Après la très belle soirée en Hommage à Manutension qui se tenait mardi à Glazart, il était temps de se diriger dans l’antre de Garance, l’Elysée Montmartre pour y voir Dubblestandart. Ce groupe autrichien peu connu du public français faisait vendredi dernier un de ses tous premiers shows en France. Ils ne sont pourtant pas des débutants, Dubblestandart s'est fondé il y a plus de vingt ans, en 1988, autour du bassiste Paul Zasky et de Robbie Ost. Ils ont une dizaine d’album à leur actif dont le dernier en date réalisé en collaboration avec Lee Perry. Ce magnifique double album Return from the dub planet contient d’ailleurs une reprise plutôt inattendue du hit de Jean Michel Jarre : Oxygen (part 4).
Du coté du live on a pu apprécier la maitrise totale des autrichiens, qui après avoir assimilé le dub des grand maitres (ils ont collaboré avec Dub Syndicate, Dreadzone, Mikey Dread ou encore Sly & Robbie), le restituent sur scène avec une énergie formidable. Domptant totalement le sujet, ils ont su délivrer la bête qui sommeillait en eux. Leur set s’articule comme un véritable concert où tout est joué en live avec peu d’effets à part ceux lancés par la console centrale de la salle. Mais ce n’est pas un manque puisque leur son est très propre, ultra carré, avec certains passages hypnotiques, et d’autres plus énergiques avec des rythmiques lourdes. Leurs qualités d’instrumentistes sont seulement sublimées pas des touches subtiles de reverb, mais point trop n’en faut, c’est déjà tellement bien exécuté.

L’entracte passé et la scène modifiée c’est au tour de Molecule de s’emparer de l’Élysée Montmartre. Habitué du festival puisqu’il est à l’affiche pour la 3eme année consécutive, il nous a proposé cette fois-ci un set un peu plus musclé qu’a l’habitude et surtout une collaboration exceptionnelle avec Marina Topley-Bird. La chanteuse anglaise, qui est une diva bien connue des amateurs de trip-hop, a un pedigree des plus complets… Pas vraiment habituée de la scène dub elle a tout de même chanté dans ses débuts avec Tricky et fait désormais des featurings au coté de Massive Attack dont le titre Psyche sorti cette année sur le EP Splitting the Atom (en prévision du futur album). Cette chanteuse à la voix suave, amie d’enfance de Tricky a collaboré sur les trois premiers albums de celui-ci ainsi que sur des titres de Gorillaz au coté de Roots Manuva (Snakes and Ladders, Soldier Boy) et avec nombres d’artistes..
Sur scène le concert commence par un Molecule seul aux commandes de ses contrôleurs et de son laptop, il est vite rejoint par le sautillant MC Zig Zag qui l’accompagne depuis ses débuts. De l’autre coté de la scène la batterie de JudahMan met en valeur les compositions en rajoutant par moment une double batterie, certaines percussions étant déjà présentes sur les pistes issues du laptop. Il nous interprètent les titres issus du premier album de Molecule - In Dub V1.0. Un peu plus tard le duo se complétera en trio avec l’arrivée de Webbafied dont le flow hip-hop a enflammé le public. Le set de Molecule que nous avions déjà pu voir lors de la soirée Sound Around au Point FMR s’est considérablement musclé comparé à l’année dernière et il le confère lui-même : « Pour moi le dub est plus une technique de production qu’un style musical, nous ne sommes donc pas dans le dub à l’état pur, mais dans un traitement de son et de l’atmosphère ». Les MCs sont présents tout le temps sur scène, et opèrent même en duo par moment, rendant le live très vivant en arguant la foule. De plus depuis un certain temps Molecule s’amuse à accélérer certains de ces morceaux en les rejouant avec des kicks techno. Cependant le dub est bien est bien présent dans les effets qu’il ajoute en masse sur les pistes, mais aussi par son approche du live et par la basse qui est souvent rondelette et bien présente. Du coté de la batterie on retrouve comme à l’habitude une bonne performance de JudahMan avec des passages plutôt pointus voir même des fins de morceaux ou l’on croyait entendre un vrai groupe de rock voire de punk rock !.
Le clou du spectacle c’est bien sûr la prestation de Marina Topley-Bird et les reprises que Molecule a fait de Blacksteel de Tricky et de Baby Blue de Marina. Un beau mariage entre la voix de la diva et le son travaillé de Molecule. Cette prestation et les bidouillages de l’apprenti alchimiste du dub ont un coté fort intéressant qui s’inscrit dans la tradition des featurings. On regrette tout de même un peu de timidité dans les remixs, les interprétations de Marina Topley-Bird étant tellement parfaites que l’on avait presque l’impression d’écouter des versions d’album… pas très dub tout ca ! Mettons cela sur le compte du temps limité qu’avait Molecule pour mettre en place ce show exceptionnel (entre deux live de Massive Attack). Leeroy ex du Saïan Supa Crew a aussi tenu le micro et a posé son flow impeccable sur des morceaux de fin de set en forme de bouquet final.
Nouvelle coupure, en regardant ma montre je me souviens que l’année dernière le public avait été mis dehors sans frais et sans rappel de Michael Rose à 22h30, un peu paniqué par le fait que le concert finisse en queue de poisson avec un set écourté, je pose la question à un barman qui me confie que cela devrait se terminer à 23h30 (chose exceptionnelle pour l’Elysée Montmartre à en croire les yeux fatigués de celui-ci)… ouf… j’ai eu peur… ca nous laisse une bonne heure pour apprécier la performance live de Mad Professor & The Roboticks feat Earl 16 and Faya Horns..
Sur scène tout le monde tient sa place, à droite Mad Professor derrière son énorme console, à gauche les Faya Horns, au centre les bassiste, guitariste et batteur de The Roboticks et à la console de salle Joe Ariwa… Le studio Ariwa envahit l’Elysée. Et c’est parti pour une heure de pure musique roots, dès le début on commence par des classiques de Jah Shaka et de Bob Marley remixé de main de maître par Mad Prof. Echo, reverb, compresseur les effets pleuvent sur une audience captivée, tout est dosé avec parcimonie, finesse et maestria. Au delà des talents d’instrumentistes des Roboticks et de Faya Horns c’est le talent incontestable de Mad Professor qui s’exprime. Un vrai live dub, une réelle performance. Seule peut être les amateurs qui ont déjà bidouillé avec un contrôleur midi, se rendent compte de la maitrise; pour les autres tout est transparent, si doux, amené avec finesse… Aspect captivant de cette rencontre c’est le coté live dub et l’union entre des instrumentistes et un maitre du potard… en live, chose impossible sans une totale maitrise de part et d’autre de la console. Aucune erreur, aucune fausse manip, aucun fausse note ne viendra entacher des versions dub de Kunta Kinte, tout est parfait, mieux que ce que l’on peut avoir en tête… Au moment ou ils jouaient ce classique des classiques, on a sentit une atmosphère s’installer nous ramenant quelques années en arrière… à l’époque ou tout était joué en live et non programmé sur MAO. Tout au long du set ce fut un retour aux racines, au vrai roots des années 70/80, tout en analogique, mixé à l’ancienne.
Quelques chansons après le début on a aussi pu entendre Earl 16 entré en piste, sa voix si caractéristique résonne encore dans nos têtes sur Caution ou Freedom de Bob Marley. Le groupe a continué dans les classiques avec une reprise de Chase the devil de Lee Perry et un Earl 16 au top de sa forme.
Cette performance live a vraiment marqué le public et s’est terminé encore une fois un peu rapidement au bout d’une bonne heure de set. Le public a longuement acclamé les artistes espérant un rappel qui n’est pas venu. Dans ce show digne des plus grands, chacun des acteurs à bien tenu son rang aboutissant a un résultat d’une extrême qualité. Un moment inoubliable.
Pour finir ce fut une belle soirée, plutôt élitiste vu le prix des places (30€ tout de même), mais un superbe concert de Mad Prof, une jolie prestation de Molecule et une belle découverte pour Dubblestandart.
Toutes les photos de la soirée de vendredi
Merci à Juliette pour les invits.


Mars 2010

























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