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Chronique

High Tone est un grand nom du dub en France, c'est indéniable, ils ont toujours proposé de la très bonne musique mais aussi de la nouveauté, une nouveauté qui peut déplaire à certains, en enchanter d’autres au final une nouveauté qui dérange et fait parler, mais surtout qui fait avancer le schmilblick. En effet, après avoir inventé un style à part entière, refonte en live du dub originel, arrangé avec des ambiances rock et électro, ils ont été révélés au monde dès leurs premiers albums, ils ont toujours tenté de produire une musique nouvelle en mélangeant les influences et les styles. Repoussant toujours les frontières sonores au fur et à mesure de leur parcours; de leurs premiers essais électro dub (Opus Incertum), jusqu'aux titres électro break-beat voire dubstep des derniers albums (Wave Digger, Underground Wobble)... Soucieux de ne pas mettre fin à ce cercle vertueux et après avoir défendu le projet collectif de remix - High Tone Dub Box à l'automne dernier, ils reviennent, sous le nom Dub Invaders, dans une configuration différente orientée sound systems. L'High Tone Dub Box avait pour principe d'être la collection de remix de titres d'High Tone par des activistes majeurs de la scène dub européenne, l'ensemble vendu exclusivement en coffret 4 vinyles. Même si on sent de fortes ressemblances, ce coffret dub invaders -disponible en coffert 3 vinyles- ne part pas tout à fait du même pied ; en effet cette fois là, sont exposés uniquement des titres originaux composés individuellement par les 5 membres de High Tone et Led Piperz, VJ du groupe. Natural High, Dino, Led Piperz, Flaba Stone, Aku-Fen et DJ Twelve ont mis la main à la patte pour composer les 12 titres de la sortie vinyle (14 en tout pour le numérique) soit 2 ou 3 titres chacun.
La chose qui m'a frappé au premier abord, c'est que tout au long de l'écoute on retrouve tout les aspects de l'ensemble des productions High Toniennes. Du break beat, du dubstep, de l'électro et du dub! Oui du dub, du vrai... et bien sûr, arrangé à la sauce lyonnaise!

L'autre aspect fascinant à l'écoute des titres se trouve aussi dans l'expression de la personnalité des différents membres du groupe; en se replongeant dans la discographie d'High Tone on peut dire : "je parie que tel morceau de tel album vient de lui"...

La richesse du background musical de chaque membre habite les tracks et procure cette diversité qui a été et est toujours la force d'High Tone. Pour ainsi dire on sent que les membres avaient carte blanche de la part du label, chacun s'exprime avec sa touche personnelle. Ainsi Aku fen et Led piperz nous entrainent dans des univers sombres aux accents dubstep, break et expérimentaux, Flaba Stone s'oriente dans un dub electro vitaminé aux sirènes et grosses basses, Natural High et Dino produisent des sons dignes des dernières productions UK avec skanks digitaux, mélodica et le tonitruant Mark Iration au chant. Pour finir, Twelve nous entraine quand à lui dans du dub stepper massif avec des accents break et dubstep.

Encore une fois la création boulimique des membres d'High Tone se voit matérialisée en une poignée de petites bombes. Les rencontres sont surprenantes et inattendues comme un Mark Iration chantant sur un riddim steppa avec un dub à la mélodie déstructurée. De l'autre coté on retrouve des samples de lyrics rasta sur des morceaux électro-steppa par exemple sur Babylon Game over, les genres sont bousculés, les références et les pistes brouillées. C'est le coté bidouilleur et touche-à-tout de certains membres qui s'exprime à plein régime. Aucun morceau ne pourrait avoir une étiquette unique, si le début du morceau est clairement dubstep, celui ci dévie sur de l'électro break beat; si on retrouve des skanks dansants ils sont jouées sur des basses ultra saturées et électriques. Les --High Tone— dub invaders osent les mélanges et changent encore une fois la donne !

Beaucoup de diversité, de volonté de nouveauté, d'avant-gardisme et le souhait de ne pas s'enfermer dans le " dub lyonnais "
Un coffret qui ravira autant les fans d'électro dub français de la première heure que les amoureux du son UK stepper (Iration Steppas, Dubateers, ...), les fans de dubstep (Mala, Skream, ou Rusko) ou les amateurs de bonne musique tout simplement.

Dub invaders est disponible chez cd1d

Dub Invaders

Live report - Dub Invaders live experience au Cabaret Sauvage / Paris / Vendredi 17 avril

Dub Invaders, projet qui a les atouts pour faire fantasmer autant les dub addicts que les neophytes : une release triple vinyle, fruit du travail solo des 6 têtes pensantes d'High Tone, accompagnée d'une tournée française de 6 dates... Jarring Effects a mis les bouchées doubles côté communication en accompagnant cette sortie/tournée de superbes visuels : de l'alien en 12 pixels cher à nos vieilles consoles, remanié façon scoops sur la pochette vinyle, à l'affiche de la tournée où se juxtaposent Tarzan, Mad Professor, Jeff Lebowski, un dinosaure fleuri et j'en passe autour des 6 dub makers... Dub Invaders peut ainsi être abordé en tant que véritable concept artistique où l'ambiance visuelle a autant sa place que le projet musical initial.

Aku fen (High Tone Crew) Aku fen (High Tone Crew)

Mais en passant les portes du Cabaret Sauvage, c’est un peu le désenchantement ! On se rend compte illico que la dimension visuelle n'a pas été prise en compte, aucun élément de déco, graf, peinture ou même travail de lumière visant à établir une ambiance mêlant univers dub et machines vintages à celui de la SF...
Il est pourtant indéniable que la salle se prêtait à ce type d'installation : un cirque reposant sur une structure de bois au bord du canal de l'Ourq, un look de dancing hors du temps où se déroulaient encore il y a à peine 2 ans les fameux Paris Dub Club / Dub Meetings avant de déménager dans une salle voisine du parc de la Villette, le Trabendo.

Ce désenchantement nous amène à penser que Jarring n'auraient pas eu l'autorisation de créer ce type d'ambiance au Cabaret pour de pures raisons de sécurité, que la motivation autour du projet n'étaient pas suffisante ou qu'il s'est monté un peu trop à la hâte. Considérons les choses par un autre biais, celui de la réalité économique, la politique culturelle actuelle en France n'étant pas la plus favorable à la mise en place de projets musicaux et de manière plus large, artistiques. L'équilibre de nombreux d'entre eux repose ainsi sur des bases de plus en plus fragiles et il suffit parfois de peu de choses, souvent d'un manque de budget, pour qu'ils tombent à l'eau.
Il reste surprenant que le label lyonnais, pourtant reconnu, n'ait pas eu la démarche de contacter une de leurs relations pour réaliser un graf ou même une toile autour du projet de live !
Et pourtant en France on en manque pas de talents graphiques, le critère financier n'étant pas toujours en ligne de compte car avec des bouts de ficelles, beaucoup de débrouille et de motivation peuvent se monter d'étonnants projets visuels.
Si l'on se penche un peu sur les fondations d'une autre culture, le Hip-Hop, nous constatons qu'elles ne reposaient pas seulement sur le principe de créer une nouvelle scène partant de nouveaux codes musicaux, mais que toute une émulation créatrice autour du visuel, des grafs et de la danse - il suffit de jeter un oeil sur Wild Style, un des films phare de la culture Hip-Hop - était présente et a été déterminante dans la mise en place d'une réelle culture ou contre-culture.

Autre oubli notable pour cette session : l'absence d'un ou plusieurs MCs pour faire le lien entre les sets Dub Invaders, quelques apparitions fugaces de Ben Sharpa sortant d'un live dans une salle voisine et de Shanti D en fin de soirée n'ont pas suffit à compenser les vides entre les morceaux et surtout la froideur de certains lives machines.
Dans les réussites, citons le set de Disrupt, maître à dubber du label Jahtari, qui a créé pour l'occasion un vrai set live laptop reggae avec MC en conviant Pupa Jim, chanteur et riddim builder du crew Stand High à venir poser sa voix sur les remakes sauce Jahtari de nombreux classiques du reggae digital et dancehall 80's. Et l'alchimie s'est produite, Pupa Jim adaptant à merveille son flow rub a dub / dancehall oldschool à l'humeur des riddims, Disrupt agrémentant ses dubs d'effets cheap dignes des maîtres du cinéma de SF des années 70, un vrai live dub intergalactique !
En UK la culture du MC est présente depuis les origines des sound systems jusqu'à aujourd'hui où de talentueux chanteurs/MCs anglais et européens comme Murray Man, Brother Culture, Soom T, Dan Man, Taïwan MC savent adapter leur flow en fonction d'une vibe reggae, dub, dubstep ou drum & bass. Et Même si depuis le début de cet engouement pour le sound system en France, la culture du MC - cordon ombilical entre l'artiste et le public - se développe conjointement avec l'ensemble de la scène, il ne semble pas qu'elle ait réellement été prise en compte par le crew High Tone qui lui, vient plus du milieu electro et du dub pratiqué en live avec de vrais instruments.

Disrupt and Puppajim Disrupt and Puppajim

Au final, même si le concept Dub Invaders témoigne d'une réelle volonté d'ouverture entre les genres musicaux, réunis autour d'une même bannière : le sound system, nous étions encore loin d'une complète réussite.
Si l'expérience venait à se réitérer, le concept live gagnerait à être plus réfléchi. A savoir s'il se place uniquement en tant que tournée promotionnelle visant à vendre un disque ou comme une synthèse live de tous les styles gravitant autour de la bass music, du reggae au Dubstep en passant par la house, où le surestimé tube de Caspa - Where's My Money aurait autant sa place au coeur d'un mix qu'une pépite roots de Johnny Clarke ou Lacksley Castell ? La démarche des artistes / sound-mens serait-elle de venir avec des gros tunes et apporter au massives leur dose de basse ou de célébrer quatre décennies de dub et de culture sound system ?

Autant de points qui mériteraient c'est souhaitable, d'être éclaircis dans les sessions à venir...

Chronique par niz, Live report par Mill3k