Dub Invaders
Par niz le mardi 28 avril 2009, 11:29:00 - Electro dub
Un article en deux parties sur le nouveau projet des membres de High Tone - Dub Invaders : Une chronique du triple vinyle et un live report de la session du 17 avril au Cabaret Sauvage pour plus de sensations sur ce projet d'un nouveau genre pour Jarring Effects.

Chronique
High Tone est un grand nom du dub en France, c'est indéniable, ils ont toujours proposé de la très bonne musique mais aussi de la nouveauté, une nouveauté qui peut déplaire à certains, en enchanter d’autres au final une nouveauté qui dérange et fait parler, mais surtout qui fait avancer le schmilblick. En effet, après avoir inventé un style à part entière, refonte en live du dub originel, arrangé avec des ambiances rock et électro, ils ont été révélés au monde dès leurs premiers albums, ils ont toujours tenté de produire une musique nouvelle en mélangeant les influences et les styles. Repoussant toujours les frontières sonores au fur et à mesure de leur parcours; de leurs premiers essais électro dub (Opus Incertum), jusqu'aux titres électro break-beat voire dubstep des derniers albums (Wave Digger, Underground Wobble)... Soucieux de ne pas mettre fin à ce cercle vertueux et après avoir défendu le projet collectif de remix - High Tone Dub Box à l'automne dernier, ils reviennent, sous le nom Dub Invaders, dans une configuration différente orientée sound systems. L'High Tone Dub Box avait pour principe d'être la collection de remix de titres d'High Tone par des activistes majeurs de la scène dub européenne, l'ensemble vendu exclusivement en coffret 4 vinyles. Même si on sent de fortes ressemblances, ce coffret dub invaders -disponible en coffert 3 vinyles- ne part pas tout à fait du même pied ; en effet cette fois là, sont exposés uniquement des titres originaux composés individuellement par les 5 membres de High Tone et Led Piperz, VJ du groupe. Natural High, Dino, Led Piperz, Flaba Stone, Aku-Fen et DJ Twelve ont mis la main à la patte pour composer les 12 titres de la sortie vinyle (14 en tout pour le numérique) soit 2 ou 3 titres chacun.
La chose qui m'a frappé au premier abord, c'est que tout au long de l'écoute on retrouve tout les aspects de l'ensemble des productions High Toniennes. Du break beat, du dubstep, de l'électro et du dub! Oui du dub, du vrai... et bien sûr, arrangé à la sauce lyonnaise!
L'autre aspect fascinant à l'écoute des titres se trouve aussi dans l'expression de la personnalité des différents membres du groupe; en se replongeant dans la discographie d'High Tone on peut dire : "je parie que tel morceau de tel album vient de lui"...
La richesse du background musical de chaque membre habite les tracks et procure cette diversité qui a été et est toujours la force d'High Tone. Pour ainsi dire on sent que les membres avaient carte blanche de la part du label, chacun s'exprime avec sa touche personnelle. Ainsi Aku fen et Led piperz nous entrainent dans des univers sombres aux accents dubstep, break et expérimentaux, Flaba Stone s'oriente dans un dub electro vitaminé aux sirènes et grosses basses, Natural High et Dino produisent des sons dignes des dernières productions UK avec skanks digitaux, mélodica et le tonitruant Mark Iration au chant. Pour finir, Twelve nous entraine quand à lui dans du dub stepper massif avec des accents break et dubstep.
Encore une fois la création boulimique des membres d'High Tone se voit matérialisée en une poignée de petites bombes. Les rencontres sont surprenantes et inattendues comme un Mark Iration chantant sur un riddim steppa avec un dub à la mélodie déstructurée. De l'autre coté on retrouve des samples de lyrics rasta sur des morceaux électro-steppa par exemple sur Babylon Game over, les genres sont bousculés, les références et les pistes brouillées. C'est le coté bidouilleur et touche-à-tout de certains membres qui s'exprime à plein régime. Aucun morceau ne pourrait avoir une étiquette unique, si le début du morceau est clairement dubstep, celui ci dévie sur de l'électro break beat; si on retrouve des skanks dansants ils sont jouées sur des basses ultra saturées et électriques. Les --High Tone— dub invaders osent les mélanges et changent encore une fois la donne !
Beaucoup de diversité, de volonté de nouveauté, d'avant-gardisme et le souhait de ne pas s'enfermer dans le " dub lyonnais "
Un coffret qui ravira autant les fans d'électro dub français de la première heure que les amoureux du son UK stepper (Iration Steppas, Dubateers, ...), les fans de dubstep (Mala, Skream, ou Rusko) ou les amateurs de bonne musique tout simplement.
Dub invaders est disponible chez cd1d
Live report - Dub Invaders live experience au Cabaret Sauvage / Paris / Vendredi 17 avril
Dub Invaders, projet qui a les atouts pour faire fantasmer autant les dub addicts que les neophytes : une release triple vinyle, fruit du travail solo des 6 têtes pensantes d'High Tone, accompagnée d'une tournée française de 6 dates... Jarring Effects a mis les bouchées doubles côté communication en accompagnant cette sortie/tournée de superbes visuels : de l'alien en 12 pixels cher à nos vieilles consoles, remanié façon scoops sur la pochette vinyle, à l'affiche de la tournée où se juxtaposent Tarzan, Mad Professor, Jeff Lebowski, un dinosaure fleuri et j'en passe autour des 6 dub makers... Dub Invaders peut ainsi être abordé en tant que véritable concept artistique où l'ambiance visuelle a autant sa place que le projet musical initial.
Aku fen (High Tone Crew)
Mais en passant les portes du Cabaret Sauvage, c’est un peu le désenchantement ! On se rend compte illico que la dimension visuelle n'a pas été prise en compte, aucun élément de déco, graf, peinture ou même travail de lumière visant à établir une ambiance mêlant univers dub et machines vintages à celui de la SF...
Il est pourtant indéniable que la salle se prêtait à ce type d'installation : un cirque reposant sur une structure de bois au bord du canal de l'Ourq, un look de dancing hors du temps où se déroulaient encore il y a à peine 2 ans les fameux Paris Dub Club / Dub Meetings avant de déménager dans une salle voisine du parc de la Villette, le Trabendo.
Ce désenchantement nous amène à penser que Jarring n'auraient pas eu l'autorisation de créer ce type d'ambiance au Cabaret pour de pures raisons de sécurité, que la motivation autour du projet n'étaient pas suffisante ou qu'il s'est monté un peu trop à la hâte. Considérons les choses par un autre biais, celui de la réalité économique, la politique culturelle actuelle en France n'étant pas la plus favorable à la mise en place de projets musicaux et de manière plus large, artistiques. L'équilibre de nombreux d'entre eux repose ainsi sur des bases de plus en plus fragiles et il suffit parfois de peu de choses, souvent d'un manque de budget, pour qu'ils tombent à l'eau.
Il reste surprenant que le label lyonnais, pourtant reconnu, n'ait pas eu la démarche de contacter une de leurs relations pour réaliser un graf ou même une toile autour du projet de live !
Et pourtant en France on en manque pas de talents graphiques, le critère financier n'étant pas toujours en ligne de compte car avec des bouts de ficelles, beaucoup de débrouille et de motivation peuvent se monter d'étonnants projets visuels.
Si l'on se penche un peu sur les fondations d'une autre culture, le Hip-Hop, nous constatons qu'elles ne reposaient pas seulement sur le principe de créer une nouvelle scène partant de nouveaux codes musicaux, mais que toute une émulation créatrice autour du visuel, des grafs et de la danse - il suffit de jeter un oeil sur Wild Style, un des films phare de la culture Hip-Hop - était présente et a été déterminante dans la mise en place d'une réelle culture ou contre-culture.
Autre oubli notable pour cette session : l'absence d'un ou plusieurs MCs pour faire le lien entre les sets Dub Invaders, quelques apparitions fugaces de Ben Sharpa sortant d'un live dans une salle voisine et de Shanti D en fin de soirée n'ont pas suffit à compenser les vides entre les morceaux et surtout la froideur de certains lives machines.
Dans les réussites, citons le set de Disrupt, maître à dubber du label Jahtari, qui a créé pour l'occasion un vrai set live laptop reggae avec MC en conviant Pupa Jim, chanteur et riddim builder du crew Stand High à venir poser sa voix sur les remakes sauce Jahtari de nombreux classiques du reggae digital et dancehall 80's. Et l'alchimie s'est produite, Pupa Jim adaptant à merveille son flow rub a dub / dancehall oldschool à l'humeur des riddims, Disrupt agrémentant ses dubs d'effets cheap dignes des maîtres du cinéma de SF des années 70, un vrai live dub intergalactique !
En UK la culture du MC est présente depuis les origines des sound systems jusqu'à aujourd'hui où de talentueux chanteurs/MCs anglais et européens comme Murray Man, Brother Culture, Soom T, Dan Man, Taïwan MC savent adapter leur flow en fonction d'une vibe reggae, dub, dubstep ou drum & bass. Et Même si depuis le début de cet engouement pour le sound system en France, la culture du MC - cordon ombilical entre l'artiste et le public - se développe conjointement avec l'ensemble de la scène, il ne semble pas qu'elle ait réellement été prise en compte par le crew High Tone qui lui, vient plus du milieu electro et du dub pratiqué en live avec de vrais instruments.
Disrupt and Puppajim
Au final, même si le concept Dub Invaders témoigne d'une réelle volonté d'ouverture entre les genres musicaux, réunis autour d'une même bannière : le sound system, nous étions encore loin d'une complète réussite.
Si l'expérience venait à se réitérer, le concept live gagnerait à être plus réfléchi. A savoir s'il se place uniquement en tant que tournée promotionnelle visant à vendre un disque ou comme une synthèse live de tous les styles gravitant autour de la bass music, du reggae au Dubstep en passant par la house, où le surestimé tube de Caspa - Where's My Money aurait autant sa place au coeur d'un mix qu'une pépite roots de Johnny Clarke ou Lacksley Castell ? La démarche des artistes / sound-mens serait-elle de venir avec des gros tunes et apporter au massives leur dose de basse ou de célébrer quatre décennies de dub et de culture sound system ?
Autant de points qui mériteraient c'est souhaitable, d'être éclaircis dans les sessions à venir...
Chronique par niz, Live report par Mill3k










Septembre 2010


























Commentaires
Article bien intéressant et réussi merci !
Je vais finir par me les offrir ces vinyles, je vais pas pouvoir passer à côté
Et bien, moi qui pensait louper une des plus grosses soirées de l'année, me voila "rassuré".
J'ajouterai que la dernière nouveauté de High Tone m'a un peu déçu. J'étais super enthousiaste à l'idée d'écouter du New High Tone, mais au final on se rend bien compte que chacun des membres jouent souvent la même chose. Je m'attendais franchement à prendre une claque mais je l'attend encore...
ouais merci pour l'article
Sinon pas tellement d'accord avec la qualité de la soirée, en tout cas du son: Je m'explique:
Je ne connaissais très peu Jahtari et j'avoue que j'ai été bien décu. Pas très original, et répétitif à mon gout, à part la surprise initiale de ses sons d'extraterrestres. Chuis resté sur ma faim.
Quand aux sets des gars d'high tone, bien qu'inégaux; je les ai trouvés bien différents les uns des autres. j'ai pris ma grosse claque sur les sets de DJ twelve et dino. Le premier un son déstructuré, technoide à souhait, qui m'a fait partir très loin, très très loin bien que n'étant pas adepte de drum'n'bass et consorts
Le second, tout simplement par l'énergie que dégage le bonhome, et la qualité des morceaux roots et steppa. (ptite session d'Impros jumpifiante, si je me souviens bien un ptit johnny clarke des familles, etc..)
Sinon grosse qualité du son au cabaret sauvage, rien à voir avec le son étouffé du trabendo (pourtant avec le même sound d'OBF)
Moi je vais nuancer un peu le propos de Mill3k, certes ca manquait peut etre de visuel, mais bon c'est tellement rare dans les soirées sound systems que je ne pense pas que ce soit quelque chose que l'on puisse reprocher à Jarring Effects. Combien de fois il y a eu des trucs du genre aux Dub Station ? Une fois peut etre... En plus c'était tout naze, il ont passé en boucle Musically Mad toute la soirée.
)
En plus ce ça la Cabaret sauvage est un écrin qui fait que toutes les soirées là bas sont tellement plus belle qu'ailleurs. Certes encore une fois ca manquait peut etre un peu de jeu de lumière et de MCs pour les mecs de High Tone, mais le son était bon et très varié... Un peu trop dark dans certains moment à mon gout, mais je suis sur que le public a apprécié la diversité.
Déjà ca change du Trabendo et de son ambiance engoncée, sombre (voire glauque), ensuite le plateau était très intéressant, les dub invaders n'ont pas tout déchiré mais ont fait de bonnes prestation, disrupt a grave assuré comme à chaque fois et OBF à du mettre le feu (je suis partit un peu tôt
Yes, OBF a tout déchiré ! Pour moi de loin le meilleur moment de la soirée, bien que leur set n'ai pas duré très longtemps. Et leur sound system fait tellement plaisir...
Pour Disrupt, j'avais quand même plus accroché lorsqu'il était avec Soom T au glaz'art.
Personnellement, je trouve que OBF et Pupajim ont littéralemment retourné le cabaret sauvage, c'était létal steppa !
pareillement j'en ressors moins déçu que nizetch. J'ai trouvé les sets très variés et très bons, dans la vague steppa dub-step actuelle avec une mention spéciale pour Disrupt et Pupajim évidemment même si OBF a cartonné
Evidemment l'affiche était graphiquement alléchante et il aurait été de bon ton d'assortir un peu la salle aux couleurs du soir mais comme dit précedemment le Cabaret Sauvage est une salle vraiment plaisante, alors quand c'est soundsystem inside on ne se plaint pas
Ites
le premier maxi de stand high avec TV ADDICT et BUSINESS OF WAR de PUPA JIM dispo now!!
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