Radio Nizetch #3
Par Cil le jeudi 19 juin 2008, 13:39:00 - Radio
Un peu d’histoire pour fêter l’arrivée de l’été sur Radio Nizetch et pour tirer, comme il se doit, notre révérence à Paul Fox, guitariste des Ruts, décédé fin 2007. Cette playlist est intégralement dédiée à tous les activistes du punk et du dub qui ont depuis trente ans fait fi des barrières et des codes établis.
Paul fox est le deuxieme en partant de la gauche, photo prise par TheNovemberGuest's 100 jour environ avant la mort de Paul.
Les plus accros d’entre vous auront noté le léger retard qu’a pris cette troisième mise à jour. Nous faisons notre possible pour diffuser les nouvelles listes autour du 15 de chaque mois. Pour écouter les titres il suffit de cliquer sur Radio dans la marge de gauche. Si cela ne fonctionne pas nous vous conseillons de jeter votre ordinateur par la fenêtre ou d’installer le navigateur Firefox (gratuit).
Londres 1977. L’industrie du prêt-à-porter chic et underground, incarnée par la styliste Vivienne Westwood et le touche-à-tout machiavélique et génial Malcom McLaren, enfante de l’outil marketing le plus malin qui soit : faire endosser à un groupe « cousu » de toutes pièces les fringues lardées et bardées de fermeture Eclair de leur boutique Sex. Galvanisé par le situationnisme et le succès du CBCG à New York (et ses groupes aujourd’hui mythiques comme les Dolls, Television ou les Stooges), le couple a donné corps aux aspirations libertaires d’une jeunesse anglaise asphyxiée par les années Tatcher. « Do it Yourself » comme leitmotiv, les groupes de la première vague, issus pour la plupart du monde ouvrier, ont commencé à détourner les clichés et les instruments du rock à papa pour en faire un moyen d’expression populaire et un outil de contre pouvoir. Don Letts, DJ et documentariste, est aussi vendeur chez Acme Attractions concurrent de Sex. Dans la boutique, il passe ses journées à balancer du dub et du reggae. En 78 il réalise le documentaire The Punk Rock Movie sur la scène émergente et présente Bob Marley au tout-Londres électrifié. Il naîtra de cette rencontre le titre Punky Reggae Party. Il accompagnera les Clash sur la tournée américaine de Sandinista et deviendra manager des Slits. Il restera dans l’histoire comme le passeur numéro un entre ces deux styles si proches par leur simplicité d’exécution, leur efficacité et leur revendication. La brèche ouverte, une multitude de groupe s’y engouffrent : The Ruts, Big Audio Dynamite, Screaming Target. La France n’est pas en reste est le mouvement alternatif s’ouvre également aux influences dub : Babylon Fighter dont le claviériste Kobe masterise encore aujourd’hui le gros de la production dub héxagonale, Ausweis qui fera place par la suite à Gom Jabbar pour aboutir aujourd’hui aux excellents Dubwiser , ou encore les Dirty District. Ces derniers sont surement la plus lamentable défaite du rock en France ! Un gaspillage sans pareil. Visionnaires et enflammés ils étaient le point de congruence de toutes les musiques bien avant que le terme de « fusion » ne soit galvaudé et asséché.
Voici la liste des ingrédients pour réussir un bon retour vers le No Futur.
Bad Brains (Megaforce, Jah People Make The World)
Ouvrez le banc ! Les 80’s balbutiantes ont vu se hisser haut le drapeau noir et dépenaillé du hardcore. Sous l’impulsion des Black Flag, Hüsker Dü et autres Minor Threat le punk s’est vu injecter une grosse dose de violence et de rage. Au beau milieu du mosh pit généralisé un groupe a soutenu l’héritage de Bob Marley : les Bad Brains. Après une longue période de silence et un retour en demi teinte sous le nom de Soul Brains pour d’obscure raisons contractuelles, ils exécutent aujourd’hui un retour au source magistral sous la houlette de Adam Yauch des Beastie Boy. L’album se nomme Build a Nation.
Dubcats (Roots Rockers, Human Living)
Ruts DC meets Mad Prof / Zion Train (Select Cuts, Whatever We Dub)
The Ruts (Virgin, Love In Vain)
The Ruts meets Henry Rollins (Buy it now, Babylon Burning)
Paul Fox est mort en Octobre 2007. Guitariste intarissable et membre fondateur des Ruts il s’est éteint trois mois à peine après avoir participé au trentenaire du groupe en compagnie d’Henry Rollins. Parmi les groupes les plus influents de la deuxième vague punk, les Ruts avaient déjà essuyé le décès de Malcom Owen ,leur chanteur, en 1980. Durant les années qui suivirent le groupe continua sous le nom de Ruts DC et sorti entre autres joyaux Rythm Collision qui scella leur rencontre avec les fleurons du dub UK, Zion Train et Mad Professor. La guitare de Paul Fox a ensuite continué à fendre l’air auprès des Dirty Strangers, des Foxy’s Ruts ou encore Dubcats. C’est une page de la musique, toute en enluminure, qui se tourne
Ausweis & Puppa Leslie (Poupé Pat Prod, Le Feu va les brûler dub)
Dubwiser (Hammerbass, AtomX)
Dub Action, album fondateur ?. Il faut bien reconnaître que oui et rendre aux Lascars ce qui est aux Lascars. En 87 Ausweis allie la force des lyrics de Puppa Leslie 100% anti-fafs et la rudesse du rock alternatif. Laissez passer ! Cours Leslie cours toujours! Si le son a un peu souffert du temps l’efficacité reste bien là et les membres du groupe ont continué leur bonhomme de chemin à l’image de Luz (basse) aujourd’hui aux boutons dans Dubwiser.
Dreadzone (Functional rec., Love The Life Control Z Mix)
Dreadzone est né des cendres des Screaming Targets eux mêmes succédant aux Big Audio Dynamite, deux groupes témoignant des boutures que Don Letts a pratiquées sur le punk, la new wave, le dub ou l’électro. Dreadzone voit le jour en 92 sous l’impulsion de Greg Dread qui, lui aussi, a hanté les groupes précités.
Burning Heads (Opposite Prod, Ternaire)
Les Orléanais, pionnier du punk à roulette hexagonal, ont sorti voilà quelques mois le deuxième volet d’Opposite pour célébrer les noces païennes de la fougue électrique et du reggae. On se souvient de Opposite I sorti sur feu Yelen musique et du Punky Reggae Tour qui s’en suivi au coté d’High Tone et de NRA.
Destroy Babylon (Autoprod., Apathy Keeps me Going)
Formé en 2001 les bostoniens de Destroy Babylon font partie de la nouvelle garde du genre aux US au même titre que les grandissants Dub Trio. Rythmes barrés et mélodica cohabitent allégrement. La relève des Bad Brains et autre Blind Idiot God semble assurée. Affaire à suivre.
The Clash (Columbia, Living Fame)
Difficile de passer à coté de The Clash dans cette sélection. Living in Fame est tiré de Sandinista l’album emblématique de leurs flirts répétés avec les dubbers londoniens. Le « Version Mix » et le chant sont signés Mickey Dread.
Lee Perry (On U Sound, Rockhead)
Produit par Adrian Sherwood, Lee Perry devrait livré avec ce prochain album The Mighty Upsetter sa performance la plus soignée depuis belle lurette. Au vu de ce titre ça promet effectivement ! Lee Perry et les Clash ont collaboré mais le résultat n’avait semble-t-il pas convaincu la bande à Joe Strummer.
Elephant System (Universal, Bring Up Da Pressure)
Embringué dans le tourbillon fou des soirées Dub Action, Marco Neves et Didier Breard, parmi les premiers agitateurs du dub en France, avaient déjà attiré Treponem Pal, mammouth de chaire et de métal, vers des contrées où l’herbe était plus grasse. C’était l’époque Higher. Elephant System a suivi et n’a plus laissé de doute quant à l’orientation prise : massive dub toute !. Qui d’autre qu’Adrian Sherwood pouvait donner corps à ce disque puissant et coloré. Treponem Pal n’en est pas pourtant mort et enterré puisque que le groupe vient de marquer un franc retour aux sources avec leur dernier album Weird Machine.
Adrian Sherwood feet. Little Roy (EMI, A piece of the Earth)
Adrian Maxwell Sherwood a Tout Tout Tout produit depuis la fin des 70’s, les Slits, Ministry, KMFDM, Cabaret Voltaire, Asian Dub Foundation, Bim Sherman, NIN, etc, etc, etc. A la tête des puissants labels On U Sound et Pressure Sound il a créé un son, une griffe racée et remarquable entre mille. Il a également sorti deux albums sous son nom.
Basement 5 (Island, Chip Butty)
Basement 5 est le premier groupe noir revendiquant fermement ses influences punk. Emergeant en 78 ils sont signés sur le label de Chris Blackwell, Island, et sont à l’origine d’expériences soniques, parmi les plus aventurières, à la croisée du punk et du dub. Dans ses rangs on remarquera la présence de Dennis Morris, photographe de Bob Marley et des Sex Pistols, directeur artistique pour Island et poursuivant aujourd’hui sa carrière dans Stanley Kubrick Goes Shopping au coté de membres des Killing Joke et des Dirty District.
The Slits (Island, I Heard It Through The Grapevine)
Les riot girls en furie sont de retour après pas moins de 25 années sabbatiques et nous rappelle une des plus belles et plus naturelles victoires des femmes par la guitare, le cri et la sueur.
Hornsman Coyote (Autoprod., Hornsman Coyote meets Jerry Lions)
Passer du crust et du hardcore au dub il n’y a qu’un pas de géant que Martin Gak de Kikinda en Serbie franchi sans broncher. Marteleur dans le groupe Downstroy, c’est beaucoup plus irie et apaisé que nous le retrouvons dans Hornsman Coyote.
Jah Wobble (30Hz Rec., L1 dub)
John Wardle aka Jah Wobble a tenu la basse au sein de PIL (Public Image Limited) auprès de son vieil ami de John Lydon, Johnny Rotten pour les intimes. Sa carrière a ensuite croisé le chemin de Bill Laswell ou de Jaki Liebezeit, batteur métronomique de Can. Musicien sans frontière il sort en 2007 une ode à l’empire du milieu, Chinese Dub.
Zenzile (Uwe, A Quest)
Les Zenzile reviennent à leur premières amours électriques. David Alderman des Warehouse les a rejoins à cette occasion pour leur prêter guitare forte. Virage à 360° tout rond et les voilà à nouveau dans le sens de la marche. Joli parcours.
Blind Idiot God (Avant, Dead Continent Dub)
Sorti sur le label japonais de John Zorn, Avant, et produit par Bill Laswell, Cyclotron ,deuxième album des B.I.G. ,alterne un dub entre 3 morceaux d’hardcore instrumental aux tempi élastiques. Endeuillés eux aussi par le départ de leur batteur Ted Epsein le groupe est resté muet jusqu’à très peu de temps.










Septembre 2010


























Commentaires
euuh c'est moi ou c'est toujours l'ancienne playlist dans la radio ?
Pareil je vois l'ancienne playlist ... resté sur ma faim après cette excellente leçon d'histoire.
Un petit contre temps. Ca arrive!
c'est bon c'est réparé... Enjoy
Encore une fois Cil, cette playlist est excellente et ton historique lumineux !
, donc bravo pour cet article.
) pour les voir jongler des riffs punk dévastateurs au dubs massifs.
J'avais pensé il y a quelques mois faire un mini dossier sur le sujet, j'étais déjà parti sur Don Letts pour en arriver à tous les groupes essentiels que tu as sélectionné dans cette playlist mais n'ai pas eu vraiment le temps d'écrire et aboutir quelque chose et puis je suis reparti sur autre chose
A noter pour ceux que ça intéresse, les gars de feu Dubzone s'étaient déjà pas mal penchés sur le sujet punk/dub, jetez un coup d'oeil à leur historique du dub : http://www.dubzone.org/histoire.htm ici aussi : http://www.dubzone.org/compilations... et ils se réfèrent à ces groupes mythiques dans de nombreux articles.
Mon gros kiff c'est les Bad Brains, dont le dernier album Build A Nation (qui a pile poil un an) déboîte sec, hallucinant de voir ces routards du punk des années 80 revenir avec un album aussi frais 30 ans après leurs débuts. A mater aussi : leur Live at CBGB 1982 (>> http://www.spinner.com/2006/09/26/e...
Waouh! Un peu d'histoire ça fait pas de mal, merci Cil pour cet article, que dis je, cet hommage au punk-dub!
Big up!